Pas toujours du gâteau !

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Pas toujours du gâteau !

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Imacom, Andréanne Lemire

Luc Larochelle
La Tribune

Déjà un quart de siècle que Jean Charest est député de Sherbrooke. Au fédéral, puis au provincial. Il s'est lancé dans la course pour devenir premier ministre du Canada, en 1993, avec l'étiquette de figurant avant de se voir offrir, cinq ans plus tard, la chefferie du Parti libéral du Québec sur un pont d'or.

 

Sa fonction de premier ministre l'oblige depuis 2003 à parler avec la rigueur d'un chef d'État mais il colore régulièrement ses allocutions de blagues et d'anecdotes comme un artiste de cabaret.

Entrevue échevelée dans un cadre décontracté.

Q. Quelle est la différence entre le Jean Charest d'aujourd'hui et la recrue, il y a 25 ans?

R.»J'ai acquis de la maturité, de l'expérience et je suis bien dans ma peau. À 26 ans, on croit que la vie est infinie. Quand on atteint le cap des 50 ans, on voit les choses et la vie différemment.»

Q. Un citoyen normal rêve d'une préretraite à 55 ans (M. Charest en a 51), pourquoi un premier ministre travaille d'arrache-pied sept jours par semaine jusqu'à ce que les électeurs le mettent dehors?

R. «Il y a un seul mot pour décrire cela : la passion. Je suis gratifié à l'idée que travailler nous permet d'apprendre, de nous épanouir. Je ne me vois pas à la retraite. J'ai même de la difficulté à comprendre ceux qui souhaitent tout arrêter pour jouer au golf.»

Q. La première conférence de presse suivant votre élection, en septembre 1984, à 26 ans, vous l'avez donnée dans un local voisin de la (défunte) Boustifaille alors que vous n'aviez ni personnel ni matériel. Vous seriez-vous senti plus à votre place dans ce qu'on appelait le Pavillon 6 du Cégep qu'en politique?

R. «À cet âge-là, j'étais effectivement plus proche de la Boustifaille que de la job de premier ministre (rires). C'est vrai que je partais de rien mais j'étais pleinement conscient d'une chose: à quel point j'étais béni d'avoir obtenu cet emploi.»

Q. Avant de vous nommer ministre en 1988, Brian Mulroney vous avait-il parlé de votre coupe de cheveux?

R. «Non, jamais. Il a toujours été assez gentil pour ne rien me dire là-dessus. Il voulait un jeune pour occuper le ministère d'État à la jeunesse et je ressemblais aux jeunes de ma génération. J'en suis parfois un peu gêné aujourd'hui. Mes enfants rigolent pas mal en voyant ces photos...»

Q. Combien de temps avez-vous mis à vous remettre du coup de téléphone déplacé à un juge qui vous a coûté votre poste de ministre en 1990?

R. «Pendant des semaines, j'ai cru que j'avais tout gaspillé. J'avais le sentiment que tout était perdu, que ma carrière était finie. Je l'ai déjà dit, le réconfort que j'ai reçu en rentrant à Sherbrooke m'a beaucoup aidé. Le hasard a voulu que Michèle soit enceinte au cours de cette période. Alors, nous avons passé plus de temps en famille.»

Q. Vous êtes venu à un cheveu de battre Kim Campbell dans la course à la succession de Brian Mulroney. Est-ce le moment où vous avez pris confiance en vos moyens?

R. «Ce fut une aventure extraordinaire. Un très bon test. Sauf que je croyais que le test s'arrêterait à la fin du congrès. J'ai occupé le poste de vice-premier ministre durant cinq mois quasiment comme job d'été parce qu'à l'automne, les choses ont mal tourné.»

Q. Le soir de la dégelée de l'automne 1998, qui n'a laissé que deux conservateurs au pays, vous avez dit devant les militants de Sherbrooke «que vous vous étiez demandé si les électeurs ne vous avaient pas fait une mauvaise blague ...»

R. «Moi, je considérais que d'avoir été le seul député réélu était une belle réalisation. Michèle était loin d'en être convaincue. Elle s'est mise à pleurer, consciente de ce qui s'en venait. Elle savait qu'on me demanderait de rester, de prendre les rênes du parti. Le lendemain, je me suis senti comme la personne qu'on apporte sur les lieux d'un déraillement de train et à qui l'on dit : allez, même si t'es seul, remets-nous tout ça sur les rails.»

Q. Malgré quatre années d'intenses efforts de reconstruction, vos gains ont été plutôt modestes à l'élection de 1997...

R. «Objectivement, il y avait eu des progrès. Nous étions passés de 2 à 20 députés. Par contre, c'était loin des résultats que j'escomptais. Je m'étais attelé à la tâche avec la naïveté de mes 35 ans et mes attentes ne correspondaient pas à la réalité.»

Q. Tout s'est bousculé pour vous au printemps 1998, quel est votre plus vif souvenir de la période de séduction ayant précédé votre arrivée en politique provinciale?

R. «J'ai nagé en pleine tempête. Nous étions en vacances de ski en Colombie-Britannique, il y avait eu un emballement médiatique et tout le monde s'en mêlait. Au fil des jours, j ai conclu que ce changement devenait incontournable pour me réaliser pleinement.»

Q. Avez-vous craint vous être trompé après votre défaite face à Lucien Bouchard dans les mois qui ont suivi?

R. Non. Il y a eu des relents de notre rivalité (avec Lucien Bouchard), au cours de la campagne. Par contre, cela s'est vite estompé et nos échanges sont redevenus cordiaux. Lors de la première campagne, je manquais d'assurance et les Québécois l'ont perçu.»

Q. En avril 2003, en franchissant pour la première fois la porte du bureau du premier ministre, avez-vous eu un sentiment d'accomplissement ou un courant de nervosité?

R. «J'étais prêt. J'avais parcouru le Québec, je connaissais beaucoup mieux les attentes et les défis qui nous attendaient.»

Q. Le 26 mars 2007, après avoir failli être devancé par l'ADQ de Mario Dumont (48 députés vs 41) avez-vous souhaité que ce ne soit qu'un mauvais rêve?

R. «Oui, mais ce fut plutôt le résultat d'une mauvaise préparation. Comme chef, j'avais manqué à mes obligations de vérifier si le plan de campagne était à point. Ce fut la plus mauvaise campagne de ma carrière. Je m'en suis voulu. S'il y a une leçon que j'ai retenue après 25 ans en politique, c'est que la clef du succès n'est pas d'apprendre à mieux parler mais d'écouter davantage. C'est ce que je m'efforce maintenant de mettre en application.»

Q. Depuis le 8 décembre 2008, vous avez les deux mains sur le volant. Sentez-vous que la route la plus difficile pour rééquilibrer le budget du Québec est devant vous?

R. «J'ai sollicité un mandat auprès des Québécois pour gérer la crise et préparer la reprise. Nous entrons dans la deuxième phase. On ne déprimera pas sur la question de l'équilibre budgétaire, nous travaillerons à faire les bons choix en ouvrant la discussion au plus grand nombre possible de Québécois».

Q. Estimez-vous que Sherbrooke a progressé autant depuis 25 ans que votre carrière personnelle?

R. «Sherbrooke a beaucoup changé. La reconversion industrielle est avancée et même si ça peut paraître long, 25 ans c'est peu pour transformer une économie. Nous avons fait des progrès sur la santé, je mise énormément sur le Parc innovation. Nous avons les pieds sur du solide. Nous sommes bien orientés, il faut persévérer. S'il y a par contre une déception, c'est de ne pas avoir réussi à trouver un vaisseau amiral pour positionner Sherbrooke dans les biotechnologies.»

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