Si l'arbre est dans ses feuilles, il est aussi, avec son p'tit noeud, son p'tit trou et son p'tit nid, dans le p'tit coeur de cette fille de bûcheron, qui habite en Estrie, à Saint-Adrien-de-Ham, village creux où la population de troncs règne en maître. La sève, qui lui monte à la tête depuis son enfance, irrigue maintenant sa filmographie.
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«La forêt a une dimension mythique pour nous, Québécois, mais sur le plan visuel, nous n'en avons pas beaucoup de mémoire. Combien de fictions ont été tournées dans les régions forestières, Les Filles de Caleb par exemple, et tellement peu de documentaires, pointe l'enseignante à l'Université de Sherbrooke. Ce souci de préservation m'interpelle, et la dimension humaine également. La vie en forêt est une allégorie de la nation, et c'est d'autant plus vrai en cette période post-commission Bouchard-Taylor.»
De fait, une partie importante des volontaires qui s'exilent vers le nord abitibien, vers le froid et les mouches noires, de mai à octobre, pour aller empocher à la dure un salaire décent est composée d'immigrants. Pour ce documentaire soutenu par l'ONF, et qui prendra l'affiche dans un an, Stéphanie Lanthier s'est surtout intéressée à ces Fros - une contraction du mot anglais foreigners (étrangers
_ qui a d'abord désigné les Polonais et les Ukrainiens venus travailler dans les mines dans les années 30 avant de devenir une chanson de Richard Desjardins.
«Il y a des Albanais, des Kosovars, des Africains, des Philippins. Ce sont des gens très scolarisés (des biochimistes, des ingénieurs, etc.), qui n'ont pas réussi à obtenir au Québec de reconnaissance pour leur diplôme et qui doivent trouver un moyen de nourrir leur famille. Ce sont des gens orgueilleux, qui ne sont pas tous fiers d'être là . Donc, quand ils apprennent qu'une équipe de tournage débarque, ils ne sautent pas au plafond. Mais je suis arrivée avec mon 4X4, mon chien, et je suis allée prendre un verre avec eux. Tranquillement, la confiance s'est bâtie, et le documentaire a pu trouver sa source. C'est un cinéma de l'intérieur que je veux faire.»
Cette écorce, elle l'a percée délicatement, non pas à la grosse hache. En partageant les campements. En subissant avec eux ces énormes écarts de température, de 8 degrés Celsius le matin à 27 degrés le soir, en août. En suivant leur routine aride. «J'ai senti leur essoufflement. Leur grande fatigue physique et morale. Ils font des journées de dix heures. Ils ont les mains usées. En même temps, j'ai saisi cette fraternité incroyable qui les lie. J'ai été témoin de scènes touchantes et simples, comme celle où Jackson, un Kenyan, et Bruno, du Lac-Saint-Jean, qui baragouine l'anglais, réparent un sécateur. Dans le silence. Mais solidaires», relate celle qui a une scolarité de doctorat en histoire des femmes mais qui, paradoxalement, braque sa caméra sur des univers fort masculins.
La réalisatrice se lie tellement d'amitié avec les sujets de ces longs métrages, qu'elle est même devenue la marraine de l'enfant de l'un des planteurs rencontrés lors du tournage du premier film. L'arbre peut aussi rapprocher des coeurs.
En attendant la sortie du bois, on peut lire le blogue à l'adresse www.onf.ca/lesfros.
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