Mieux encore, le compteur de son clip «L'Éphémère» a dépassé le nombre de 300 000 sur YouTube. Les commentaires laissés par les fans proviennent d'un peu partout sur la planète, et souvent en anglais! Des internautes étrangers demandent de l'aide pour apprendre les paroles et les chanter dans leur cours de français.
Le mois dernier, iTunes proposait en vedette - «Single of the week» - une version acoustique de la chanson «J'échoue». Le site a dénombré 30 000 téléchargements de la pièce. Son album, «Escalader l'ivresse», se trouve depuis 25 semaines au palmarès des 10 meilleurs albums selon Espace Musique de Radio-Canada.
Malgré tout, Alexandre Désilets demeure les deux pieds sur terre. Il a beau être devenu le chouchou de la grande presse artistique, il ne prend pas sa place pour acquise. Il faut avouer que les bonnes critiques ne se cristallisent pas en vente d'albums. «C'est un peu rushant», dit-il. Sans compter que les propriétaires de salle hésitent à acheter un spectacle d'un artiste absent des ondes radios.
«Nous avons vendu environ 6000 albums, ce qui énorme pour un disque qui ne passe pas à la radio. Vendre de 100 à 150 albums vendus par semaine comme on le fait, c'était déjà beaucoup il y a cinq ans (lire avant le piratage)», souligne-t-il.
Mais à l'évidence, en l'absence de redevances radios, ce tempo n'est pas suffisant. Résultat : l'obligation de remanier deux ou trois fois son spectacle et produire du nouveau matériel pour intéresser les gens à venir le voir et le revoir sur scène. «Il faut accélérer le processus créatif», résume-t-il.
Faut-il se surprendre que l'auteur de «L'Éphémère» s'inquiète de l'accélération du temps? Désilets a consacré une dizaine d'années à faire de la recherche musicale et à ciseler les paroles de ses chansons. Moins d'un an après la sortie de son premier album, il doit déjà amorcer rapidement la production du second.
«On roule nos manches», affirme-t-il, disant chercher sa niche à la manière d'un Patrick Watson. Il parle d'aller se faire connaître en Ontario et en Europe. Il aimerait aussi composer de la musique de films. Il est désormais prouvé que ses pièces franchissent allègrement la barrière de la langue.
«Nous, les francophones, on est habitué d'apprécier une pièce même si l'on comprend pas les paroles. C'est un mythe, l'idée que les anglophones n'ont pas le même réflexe. Et puis, en Europe, il n'est pas rare qu'une personne parle trois ou quatre langues.»
Les textes d'Alexandre Désilets sont aussi planants que sa musique. Leur qualité est saluée par la critique autant qu'appréciée par le public. Il faut souligner que, même si l'artiste fait encore figure de jeune auteur, il approche maintenant de la mi-trentaine. L'homme a voyagé, il a vécu. «Les idées viennent en vivant. Si tu n'as rien à raconter, il ne vaut pas la peine d'écrire», croit-il.











