Bref, on ne pourra pas dire de Tryo qu'il ne fait pas ce qu'il prêche, c'est-à-dire dénoncer la surexploitation des humains et de la planète. Justement, en dressant le bilan carbone de sa tournée et en posant des gestes dans les petits détails, le groupe n'a pas besoin de devenir moralisateur dans ses chansons ni de prendre les gens par la main.
«Le seul élément qui n'a pas marché, c'est le covoiturage que nous avions mis sur pied pour les spectateurs. Même si c'était là, les gens ne l'utilisaient pas forcément. Ce n'est pas encore dans les moeurs. Il faut maintenant trouver des façons pour que cela devienne plus naturel», explique le chanteur Christophe Mali, débarqué à Montréal la veille avec ses trois comparses.
Tryo ne prône pas un retour à la bougie, précise-t-il. «Nous ne voulons pas revenir à quelque chose d'archaïque. Au contraire, nous croyons que les solutions pour diminuer notre empreinte écologique peuvent aussi créer des emplois, voire toute une économie.»
Greenpeace est étroitement associé à cette tournée et installe un stand dans le hall de chaque salle de spectacles où le groupe se produit. «Tryo n'exerce pas de pression sur les gouvernements pour changer les lois, mais Greenpeace, oui.»
Plusieurs décrivent le dernier disque de Tryo, paru l'automne dernier, comme «moins frontal». «Quand j'écoute notre premier album, dit Christophe, je redécouvre des gars qui sortent à peine de l'adolescence et revendiquent abruptement des choses. Aujourd'hui, nous revendiquons toujours, mais les mots ont changé un peu, notre regard s'est aiguisé et affiné, on ne rejette pas de façon inconsidérée la politique et le monde.» Le dernier passage de Tryo à Sherbrooke remonte à 2004. Après, Mali, Manu, Guizmo et Daniel ont pris une pause, tout en sachant que ce n'était pas la fin du trio. Chacun y est allé de ses projets (Christophe a notamment réalisé un album solo), mais ils ont tous voyagé, chacun y puisant de nouvelles influences musicales et des sujets à chanter.
«Guizmo a notamment participé au projet Désert rebelle, dans lequel des musiciens occidentaux sont allés à la rencontre des Touaregs au Niger», rapporte Christophe Mali.
Au départ, c'était une rencontre artistique, avec notamment le musicien touareg Abdallah Ag Oumbadougou. Mais celui-ci est le porte-étendard du combat des hommes bleus contre l'exploitation menée par le groupe nucléaire français Areva, qui pille les ressources minières du désert, à ciel ouvert, sans que la population locale ait un mot à dire. La chanson Abdallah est un hommage à cette résistance.
Christophe, lui, a surtout séjourné en Amérique du Sud, mais aussi en Inde avec Manu. Daniel est retourné dans son pays natal, le Chili, d'où il était exilé depuis 25 ans. Tryo a d'ailleurs recruté un percussionniste argentin pour cette tournée. Pas étonnant que cet album se soit métissé de plusieurs couleurs et sonne davantage musique du monde.
«En été 2007, nous avons fait une vingtaine de spectacles (dont le Festival d'été de Québec), pour célébrer le dixième anniversaire de Tryo. À ce moment-là, nous nous sommes mis à répéter ensemble, et l'urgence de faire nos nouveaux morceaux s'est vraiment fait sentir.»











