Mais qu'un collectif d'artistes mette sur pied sa propre collection d'oeuvres d'art est assez inusité. C'est pourtant ce qu'ont fait trois artistes torontois qui ont fondé le collectif General Idea en 1973, devenu en 1974 le centre d'arts autogéré Art Metropole. En 30 ans, le trio a amassé 13 000 pièces.
La Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke en présente le Top 100.
«On s'aperçoit, avec cette exposition, comment la deuxième moitié du vingtième siècle a été une période riche historiquement et artistiquement», résume Suzanne Pressé, coordonnatrice de la galerie d'art, qui explique la pertinence de cette exposition par l'éloquent polaroïd qu'elle offre sur l'époque.
«Art Metropole voulait collectionner et documenter la culture vivante. Les artistes retenus ont réalisé des oeuvres de leur temps, sur leur présent. L'exposition raconte donc l'histoire (politique notamment) d'une époque, de la fin des années 1960 jusqu'au milieu des années 1990. C'est comme visiter un centre d'archives.»
La guerre du Vietnam, les soulèvements étudiants, la révolution sexuelle, le mouvement féministe, les Black Panthers, l'assassinat de Luther King sont notamment évoqués.
La particularité de ces oeuvres est qu'elles n'étaient pas destinées aux musées. Certaines suivaient les réseaux de distribution parallèles (alors en émergence), en marge du système muséal traditionnel. D'autres pièces, par exemple des affiches, des chapeaux et des t-shirts, auraient été perdues autrement.
Finalement, certains objets (livres, disques, livres d'artistes, catalogues d'expositions collectives) ne sont pas des oeuvres d'art en tant que telles, mais ont été conservés pour leur innovation.
«Il y a également plusieurs photos d'oeuvres éphémères, des performances qui auraient été oubliées autrement. Comme cet artiste qui a passé toute une année à New York à l'extérieur. Pendant un an, il s'est totalement interdit d'entrer nulle part, même pas dans le métro ni même une voiture. C'est encore plus austère qu'un itinérant.»
Sherbrooke privilégiée
S'il y a de nombreuses oeuvres canadiennes (dont quelques québécoises) dans le Top 100, Art Metropole a tout de même ouvert toutes grandes les frontières, collectionnant des pièces des États-Unis, d'Europe de l'Ouest comme de l'Est, d'Amérique latine et d'Asie.
L'exposition permet aussi de se familiariser avec plusieurs courants artistiques de ces trois décennies, comme le conceptualisme: l'artiste décrit son oeuvre avec des mots, mais jamais il ne la peint ni ne la sculpte!
Une chose est sûre: il y a suffisamment d'oeuvres à découvrir pour faire plus d'une visite. «Entre autres des oeuvres vidéographiques, comme ce film réalisé par un jeune Pierre Falardeau de 28 ans, sur l'école de police.»
En 1994, deux des fondateurs d'Art Metropole décèdent des suites du sida, ce qui ébranle irrémédiablement le collectif. «En 1999, un mécène a acquis la collection et en a fait don au Musée des beaux-arts du Canada, qui a monté cette exposition itinérante. Sherbrooke est la seule ville à la présenter en dehors des grands centres canadiens.»
Mais ce ne sera peut-être pas la dernière fois, sachant qu'il reste 12 900 oeuvres à montrer...











