Le marathon Cabrel

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Le marathon Cabrel

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Francis Cabrel

Imacom, Jocelyn Riendeau

Jonathan Custeau
La Tribune

(SHERBROOKE) Le public l'attendait de pied ferme. Et pourtant, il ne s'était pas lissé les cheveux. Il n'avait pas enfilé de cravate non plus. Sans arriver les mains vides, il ne transportait pas un flamboyant bouquet de roses. Il n'aurait apporté que des orties qu'il aurait été applaudi à tout rompre. Francis Cabrel était attendu de pied ferme, dimanche à la salle Maurice-O'Bready, et il avait intérêt à faire durer le plaisir. Parce qu'ils s'étaient empilés jusqu'au balcon dans l'espoir de se laisser bercer par son accent.

Peut-être pour ménager son souffle, le chanteur français avait laissé sa langue dans sa poche; ses longs discours dans la loge. Parce qu'il s'engageait pour un marathon de 23 chansons. Une course qui n'a que très rarement été interrompue par de très discrètes présentations.

 

Il aura fallu quatre succès avant que l'auteur-compositeur-interprète ne déroge du texte de ses compositions. «J'ai écrit entre 100, 120 ou 150 chansons d'amour, et tout ça en étant amoureux une seule fois. Je voulais les chanter toutes ce soir...», a-t-il lancé. Et il aurait pu. Ses admirateurs n'auraient pas bougé d'un poil. Pas tremblé d'un cil.

Il suffisait de Presque rien pour que la foule soit conquise, avec une retenue qu'on pardonnerait difficilement à un autre artiste. Mais le Français, daignant parfois faire un pas vers la gauche, parfois un autre vers la droite, laissait sa prestance faire tout le travail. En ajoutant un déhanchement de temps en temps.

Il n'est pas loquace, M. Cabrel. Preuve que les longs discours ne s'avèrent pas toujours les plus efficaces, il s'est amusé à présenter ses compositions avec deux mots en moyenne. Amplement suffisant, néanmoins, pour faire sourire le public. Comme pour ce succès, décrit comme étant «une chanson avec des choeurs à un moment donné», ce qui pavait la voie à Octobre.

Le coeur de la soirée demeure sans doute la portion acoustique, amorcée par l'interprétation de L'encre de tes yeux, dépouillée de tous ses artifices. Pas d'effets visuels, pas de tambours ni de trompettes. Que les vers efficaces d'une pièce pourtant interprétée des milliers de fois. L'irrésistible Petite Marie a ensuite valsé sur les seules cordes de guitare d'un interprète toujours au sommet de son art.

Ceux qui n'avaient toujours pas prêté l'oreille au dernier opus de Francis Cabrel ont pu y découvrir le parfum de quelques nouveautés particulièrement efficaces. La Robe et l'échelle a soulevé les passions, comme Des hommes pareils, accueillie par une salve d'applaudissements.

L'auteur-compositeur-interprète avait conservé ses créations les plus flamboyantes pour la fin. Il a fallu insister encore et encore, dans la pièce du même nom, pour que le public se lève un peu. Et l'artiste s'est même laissé aller à quelques pas de danse, le pic de guitare entre les dents. Mais les admirateurs n'allaient pas se rasseoir facilement. Peut-être seulement pour la touchante Mademoiselle l'aventure, sobrement interprétée pour sa fille, dans une obscurité relative.

Les spectateurs, loin d'être épuisés par le marathon musical qui leur était réservé, n'allaient pas quitter sans être entièrement contentés. Ils l'attendaient, Je l'aime à mourir a conclu le deuxième rappel, avec des milliers de choristes qui déclaraient un amour mutuel au chanteur français... en attendant son retour en terre sherbrookoise.

En terminant, Catherine Durand a assuré une première partie toute en crescendo. Elle est parvenue à réchauffer un public jusque-là plutôt froid avec l'impressionnante Mon bateau. Au public impatient, elle a lancé: «Vous aurez sûrement remarqué que je ne suis pas Francis Cabrel. Je ne porte pas très bien la moustache.» Lui si! Même s'il ne la portait pas dimanche.

 

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