«Cela fait des années que Bernard Caza (ndlr : propriétaire du Vieux Clocher) me disait que je devais revenir. Et moi, je lui rétorquais que j'étais retirée. Me mettre un spectacle à l'agenda, c'était trop, raconte l'artiste aujourd'hui âgée de 63 ans. Cette année, il est tombé sur une bonne journée.»
Que s'est-il passé? Avant de raconter, Diane Juster prévient que son explication risque de faire d'elle une prétentieuse. «Je n'ai pas le droit de ne pas chanter», lâche-t-elle.
«Chanter, c'est un talent qui n'est pas donné à tout le monde. J'ai décidé, à un moment de ma vie, de ne pas l'exploiter au maximum. Mais j'ai ce talent qui peut servir. Alors j'ai dit à Bernard, donne-moi une bonne cause. Il m'a répondu aussitôt, l'hôpital. C'était en effet une bonne cause.».
Diane Juster l'admet d'emblée. Elle n'aime pas les hôpitaux. Elle a une répulsion devant ces lieux où se concentrent la misère et la souffrance. «C'est quelque chose qui n'est pas réglé en moi. Je trouve admirables ceux qui y travaillent. Je les vois et je me dis que cela prend des gens avec beaucoup de coeur pour accomplir leur travail.»
Compositrice
Les profits du spectacle de demain soir seront ainsi versés à la Fondation de l'hôpital de Memphrémagog. Les billets sont en vente au coût de 50 $.
Diane Juster a connu une belle carrière de chanteuse dans les années 1970, notamment avec les chansons Ce matin et Vive les roses. Elle a représenté le Canada en 1975 au Festival international de la chanson française de Spa, en Belgique. Dans une critique d'un de ses récitals entendus dans une boîte à chansons de Montréal, Georges-Hébert Germain la compara à la chanteuse française Barbara.
Pourtant, dès la fin de cette décennie, Diane Juster a choisi de délaisser la scène. «Il eut fallu que je sois plus dévouée au métier de chanteuse. Mais moi, je suis une mère de maison. Je m'occupe de mes causes, de mon mari - quand j'en ai un - et cela prend du temps. Je ne pouvais pas être chanteuse en même temps», confie-t-elle.
Cette pianiste accomplie s'est alors tournée vers la composition. Elle a écrit pour les gros noms de la chanson québécoise, notamment Robert Charlebois, Céline Dion, Johanne Blouin, et surtout Ginette Reno. C'est elle qui a composé le succès Je ne suis qu'une chanson, choisie la chanson de l'année 1980.
Dix ans plus tard, cette pièce trônait encore au sommet du palmarès des chansons les plus vendues au Québec.
«J'ai écrit plein de belles chansons. Mais les gens ne savent pas qu'elles viennent de moi. Louise Forestier était chez moi, il y a quelques jours, en Floride. Elle m'a dit «je ne les connais pas vraiment, tes chansons»», raconte Diane Juster en toute humilité, qui a lancé une compilation, il y a quelques années.
«Je devrai un jour rééditer mes chansons. Mais je les mettrais en vente sur internet. Je ne peux pas faire confiance à Archambault pour mettre mon disque en avant, à l'arrière, ou quelque part dans le magasin», rigole la fondatrice de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec, il y a 25 ans.
C'est après n'avoir reçu que 8000 $ pour la pièce «Je ne suis qu'une chanson» que Diane Juster, avec d'autres personnalités de la chanson à l'époque, s'est impliqué dans la cause des droits d'auteurs. Encore aujourd'hui, la lutte n'est pas gagnée, affirme-t-elle. Les producteurs et les diffuseurs veulent réduire les redevances.
«Si la musique était en déclin, je serais d'accord. Mais au contraire, il y en a de plus en plus. Partout où l'on va, elle agrémente nos vies», plaide-t-elle.











