Je voudrais jouer du piano. De la guitare. Du violon. Du ukulélé. Sans m'y briser. Pour m'amuser.
Je voudrais avoir une voix imparfaite, pas de celles qu'on attend, pas de celles que l'on complimente obligé. Et ne pas la maquiller. Avoir la quarantaine, et qu'on m'en attribue dix de moins. Et ne pas la maquiller.
Je voudrais faire du rock sans avoir peur de déplacer une mèche de cheveux, de déranger. Faire du rock avec une féminité qui éclabousse le noir soir. Sans que je m'en rende compte. Sans que je m'en gonfle.
Je voudrais être Mara Tremblay.
Je voudrais être cette femme, tout sauf sibylline, cette femme pas truquée qui arrive sur scène traquée par son trac. Et cette artiste forte qui, après le premier couplet chevrotant de la chanson-titre de son plus récent album Tu m'intimides, prend le contrôle complet de ses grands moyens.
Je voudrais être cette nouvelle Mara, reine de beauté, duchesse de la chanson-vérité, qui nous vient telle qu'elle, entière et souriante. Celle qui nous a pris de court et de coeur avec cet opus hivernal, où elle apparaît la chair à vif, nue en photos comme dans les mots, avec une sensualité apprivoisée. Celle qui s'assume, de la fêlure au coin de l'âme à la botte à talons.
Le spectacle qui découle de cet album le plus fédérateur de l'ancienne Soeur des Frères à ch'val et l'un des meilleurs que le Québec a reçus depuis des mois, suit cette ligne, dans une parfaite adéquation entre le dur et le tendre, entre le folk et le rock, entre l'ancienne et la neuve, dans une harmonieuse démonstration de toutes celles qu'elle est: la passionnée (Le printemps des amants), la charnelle (Tout nue avec toi), la vulnérable (Avant l'orage), l'amusante (Spaghetti à papa).
Même accompagnée des meilleurs musiciens pour créer une transe auditive, les guitaristes Jocelyn Tellier et Olivier Langevin notamment, même dans la finale de certaines chansons où les cordes se grattent fort à en saigner, la chanteuse ne disparaît jamais. Dans ce décor girlie, tacheté de petites lampes, elle reste le moteur.
Vous auriez aussi voulu être elle, dans ce spectacle où vous auriez voulu être samedi soir. Vous auriez voulu avoir la surprise d'une salle remplie aux trois quarts. De tous ces soirs où elle a pris au corps le Vieux Clocher, c'était la première où les rideaux n'étaient pas tirés à la moitié à cause d'un public qui s'était absenté. Samedi, les rideaux étaient ouverts large sur un parterre rempli de fans hétéroclites et généreux. Des spectateurs qui s'étaient fait libres pour elle. Jusqu'à son chihuahua Frank qui gigotait aux premières loges. Ça la rendait heureuse, à en perdre son latin dans l'énervement des présentations à la toute fin.
De son premier album, Chihuahua justement, ont d'ailleurs été empruntés plusieurs titres forts qui, réarrangés, comme Teint de Linda, ont trouvé un moyen de s'intégrer à la somme. Elle nous a aussi ramené à la mémoire des bijoux stellaires des Nouvelles lunes. Comment avais-je pu déjà avoir oublié Grande est la vie?
Pour sa première première partie à vie, Philippe B, seul avec ses guitares Patricia et Simone, a semblé donner l'idée à plusieurs de connaître plus que son initiale. Si on savait que le garçon, musicien de Pierre Lapointe, avait un sacré talent d'auteur et de compositeur, on a découvert une aura de scène qui mérite plus qu'être servie sur des biscottes en amuse-gueule. On en aurait pris plus.
Mais on avait hâte à Mara.
Parce que, au final, il n'y a que Mara qui peut si bien être Mara. Surtout pas moi.










