«D'abord, je voulais voir si cela marcherait. C'était un projet tellement singulier que je préférais attendre. En ne dévoilant pas mes projets d'avance, je me donne aussi la permission de changer d'idée. Si je n'ai plus le goût de faire une chose, je veux pouvoir me retirer sans devoir rendre de compte.»
Il le confiera plus tard, mais le poids de toutes ces confidences et de tous ces chagrins s'est aussi avéré lourd à porter. «Je me suis longtemps demandé comment j'allais m'en remettre. Il m'a fallu décanter tout ça. Mais cette année, après chaque journée de tournage, toute l'équipe se retrouvait autour d'une bière. Nous avons eu d'incroyables séances de rires.»
Autre signe de la réussite de son pari: sur la trentaine de personnes en menu en 2009, il y en a cinq qui lui avaient déjà téléphoné pour réserver leur billet si jamais un nouveau départ était annoncé. Et lui que l'on accostait pour son livre Passages obligés se faisait désormais héler pour ses allers-retours ferroviaires: «Hé! Le train, on aime ça!» rapporte- t-il.
«Quand Radio-Canada m'a demandé une deuxième saison à la fin de juillet, j'ai été très étonné «, dit le coproducteur modeste. «J'ai demandé 24 heures pour réfléchir. Avais-je assez d'invités pour faire une autre bonne saison? Oui, car je m'étais constitué une petite liste au cas où», avouet- il. «Est-ce que cela avait du sens pour moi? Totalement. J'ai donc accepté et je n'ai jamais regretté. J'ai même profité davantage de cette saison. J'ose dire que c'est mon expérience de vie la plus formidable.»
«Aujourd'hui, je peux dire que, oui, j'aimerais faire une troisième (et dernière saison), car j'ai trouvé comment finir tout ça, sous forme de trilogie.»
Le train vu d'en haut
Josélito Michaud a pu encore une fois compter sur son ami Donald Thompson pour que le tournage ait lieu sur l'Orford Express, en septembre et octobre 2008. Pendant ces deux mois, l'animateur-intervieweur vivait trois jours par semaine à Sherbrooke. L'an dernier, la deuxième entrevue de chaque émission se déroulait à la gare Windsor de Montréal. Cette année, tout se passe dans le train.
«C'est fantastique! On dirait que le train crée un climat d'authenticité, de sincérité. Les invités oublient carrément les caméras (certains m'ont même demandé où elles étaient, même si elles sont placées à un mètre d'eux). La fenêtre leur permet de s'évader.»
Josélito a aussi loué un hélicoptère pour enrichir sa banque d'images du train. Il a encore élargi sa «palette» de deuils, comportant désormais des politiciens, tels André Boisclair, Justin Trudeau (avant qu'il soit élu) et Mario Dumont, avant la défaite.
«Mario est venu parler de la perte d'un de ses enfants à la naissance, mais on comprend dans cette entrevue qu'il va démissionner. L'entrevue avec Geneviève Borne a été réalisée deux semaines avant son diagnostic de cancer, mais l'entretien révèle avec quelle philosophie cette fille a traversé la maladie, après la perte de son conjoint.»
Éric avant et après
La seule entrevue refaite est celle d'Éric Lapointe, il y a environ deux semaines, à la demande du chanteur lui-même. Mais Josélito s'est organisé pour montrer à Éric des extraits de la première entrevue, pour parler de l'ancien et du nouvel Éric.
Suivront, pêle-mêle, Chantal Petitclerc, qui a appris à vivre sans marcher, Lynda Thalie, sur le deuil du pays d'origine, Mario Pelchat, qui a perdu sa soeur, Ricardo Larrivée, dont l'épouse a eu un cancer... Il y a aussi des témoignages de gens ordinaires, comme ce couple qui a perdu quatre proches, dont deux enfants, dans un écrasement d'avion à Cuba. Ginette Reno et France Castel apportent autant le rire que les pleurs avec elles.
Autre nouveauté: Josélito participera à un clavardage après la diffusion de chaque émission. Il n'a donc pas hésité à sacrifier ses soirées dominicales estivales. «Que Radio- Canada m'offre une tribune le dimanche soir, c'est déjà extraordinaire. Mais ça me tente beaucoup de faire ça.»
Le mois prochain, Josélito sera de retour à Sherbrooke, pour l'inauguration officielle de la troisième voiture de l'Orford Express. Il a d'ailleurs manigancé un nouveau projet avec l'abbé Thompson... qu'il garde secret pour l'instant.











