«Évidemment, de voir une de ses élèves remporter un tel prix vous rend très fier», exprime le musicien, qui occupe depuis neuf ans le poste de premier flûtiste de l'Orchestre philharmonique de New York. «Mais l'enseignement me galvanise. Je travaille avec des jeunes qui veulent trimer dur et leur enthousiasme me contamine.»
En plus de l'orchestre, Robert Langevin enseigne non pas dans une, mais dans deux écoles, Manhattan et Juillard. Certaines de ses journées se déclinent avec une répétition le matin, des classes l'après-midi et un concert le soir.
«Un étudiant m'a déjà demandé si cela n'était pas trop d'enseigner et jouer en même temps et si je n'avais pas envie parfois de couper les leçons. Ma réponse l'a un peu surpris. Si j'avais le choix, je couperais davantage l'orchestre.»
On aura compris que Robert Langevin n'est pas près de bouder son séjour à Orford, qui lui permet non seulement de renouer avec sa région et de visiter ses parents, mais aussi de profiter du rayonnement de l'école d'été.
«En moyenne, il y a une vingtaine d'étudiants de flûte, et certains viennent d'aussi loin que l'Espagne et l'Argentine. C'était un peu plus modeste au début, mais le niveau général des élèves ne cesse de s'améliorer.»
Le Mozart français
En neuf ans, Robert Langevin a fini par s'acclimater aux tourbillons de New York, même s'il n'habite pas Manhattan. «Le rythme de vie y est assez trépidant. Ça n'arrête jamais. Mais un poste comme le mien ne se trouve pas dans les petites villes.»
Comment le New York Philharmonic vit la crise économique? «Sûrement à moindre échelle, mais les fonds de dotation ont diminué et certaines pièces des programmes sont remplacées par d'autres qui requièrent moins d'effectifs. Il n'y aura pas moins de tournées à l'étranger. Au contraire, elles sont plus rentables pour l'orchestre, car le revenu est assuré, peu importe le nombre de spectateurs, sans frais de location de salle ou de publicité.»
Pour son concert de ce soir, Robert Langevin a choisi le Concerto pour flûte no 7 en mi mineur de François Devienne, un compositeur quasi oublié... jusque dans les années 1960. Après avoir retrouvé les manuscrits de Devienne, le célèbre flûtiste français Jean-Pierre Rampal les a joués et a fait éditer les partitions.
«Je crois que Rampal a édité et enregistré le 7e concerto au milieu des années 1970. À l'époque, je terminais mes études au Conservatoire. J'ai tellement aimé cette oeuvre que je l'ai choisie pour mon récital de fin d'études. Mais ce ne sera que la cinquième fois ce soir que je l'interprète avec orchestre. Cela fait partie du rôle de musicien de faire connaître les oeuvres méconnues.»
François Devienne fut le tout premier professeur de flûte du Conservatoire de Paris, fondé en 1795. Parallèlement, il jouait du basson à l'opéra. Contemporain du prodige de Salzbourg, il est souvent qualifié aujourd'hui de Mozart français.
«Son oeuvre est de style classique, mais il y a ce côté révolutionnaire que Mozart n'avait pas. Certains extraits ont une résonance opératique. Cette oeuvre est virtuose et musicalement très intéressante, et son 7e concerto pour flûte est sûrement son chef-d'oeuvre. Et 2009 marque le 250e anniversaire de sa naissance.»











