Les artistes semblaient unanimement sur le qui-vive. Tiraillés entre les encourageantes mailles lâches dans la laine grise du ciel et les bâches informes qui servaient d'imper laid à leurs instruments. Stand-by entre les éclaircies au Nord et les parapluies au sol. Ne sachant pas s'ils devaient virer le parc à l'envers ou s'il se viderait dans les minutes à venir. Dans l'attente d'une résolution claire, qui n'est jamais venue. Le public n'était pas plus fin.Pour la quantité de talents, il manquait cette surcharge d'électricité qui sert de génératrice d'appoint aux souvenirs mémorables.
Exonérons d'abord de tout blâme Misteur Valaire, l'un des deux groupes d'origine sherbrookoise (avec Jake and the Leprechauns) invités hier à vivre son fantasme de chauvinisme, deux groupes qui résument ce qui se fait de mieux ici chez bibi. Écoeurant, est-ce un mot qui s'écrit dans un journal? Le quintette électro l'a été dès son entrée.
Propulsant les airs dansants de leur album Friterday Night, les cinq virtuoses, qui ont l'air d'une deuxième revanche des nerds avec des doudounes en minou, ont épaté, exploitant visuellement (avec des projections yéyé et des vieilles télés) le carré de sable de leur plus grande scène à vie à la maison, devant des concitoyens frigides face à leurs beats, peu habitués à groover autant avec un k-way sur le dos.
En intensité, ils seront les hommes à dépasser! Ils partent avec le maillot jaune.
Manque de sens
Les ayant précédés (et accompagnés pour une chanson), Ariane Moffatt l'a dit elle-même: «Je suis dans l'ambiguïté ce soir, comme la température. C'est un show maniaco-dépressif que je vous sers.» On l'avait senti. Qu'elle ne donnait pas la pleine mesure de son dernier album Tous les sens.
Elle, dans son manteau rouge en «pur latex», et ses quatre musiciens hésitaient à ouvrir la machine, celle-là même qui fait pourtant malheur en salle, quand elle fait s'étirer les chansons comme du chewing-gum, quand la transe va jusqu'à retourner les yeux de l'interprète. Elle était pourtant de retour à la Fête du lac, deux ans après son dernier passage, comme retour d'ascenseur pour ce public qui ne l'avait pas abandonné quand l'orage avait tombé. Pour de vrai, cette fois-là.
Il a fallu attendre six chansons pour que la première dérive arrive avec Le coeur dans la tête. Et pour qu'elle retombe aussitôt avec Perséides. On la connaît plus constante.
Sur la scène Loto-Québec, Jake and the Leprechauns a fait découvrir son folk de cocon, qui s'écoute dans la pénombre, qui se dit dans l'oreille. Au grand air, à la clarté, la chimie n'était pas aussi évidente. La voix de Charles-Antoine Gosselin, le chanteur qui avait toujours rêvé de dire "Merci Sherbrooke", faisait tout de même beaucoup de bien, vent chaud dans le juillet frais. Les néophytes qui n'ont pas été convaincus devront absolument écouter A Long Dash, leur deuxième album, avant de capituler. Surprise: ils ont été rejoints par Richard D'Anjou, de Too Many Cooks, pour Discipline et de son grand succès de l'époque, Rita.
En même temps que Misteur Valaire dans le bistro SAQ, Ellada, formation canado-grecque, paraissait désespérément triste. Les visages ternes ne matchaient pas avec le soleil de leur bouzouki.
Bref, une soirée ambiguë. Où il n'a même pas plu. Ce que le supplice de la goutte peut faire...










