La danse, un an après le couperet

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En ces Journées de la culture, La Tribune s'attarde sur une grande négligée:... (Archives La Tribune, Jessica Garneau)

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Archives La Tribune, Jessica Garneau

Steve Bergeron

Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) En ces Journées de la culture, La Tribune s'attarde sur une grande négligée: la danse. Parent pauvre des arts scéniques, peinant à trouver son public en dehors des grands centres, le cinquième art québécois a encaissé un dur coup il y a un an, quand le fédéral a aboli deux programmes de soutien pour les tournées à l'étranger. Or, certaines compagnies vont y chercher jusqu'à 80 % de leurs revenus autonomes. À l'heure où elles risquent de ne plus pouvoir s'exporter, le public québécois est-il prêt à prendre la relève?

C'était il y a exactement un an. Les conservateurs ouvraient la boîte de Pandore en confirmant l'abolition de Routes commerciales et PromArt, deux programmes de soutien aux compagnies artistiques canadiennes pour les tournées à l'étranger. Devant les protestations des artistes, certains citoyens avaient exprimé leur ras-le-bol des créateurs en constante demande de fonds, malgré leurs tenues griffées aux galas.

Mais alors qu'on ne parlait que de la vidéo La culture en péril avec Stéphane Rousseau, Benoît Brière et Michel Rivard (trois autres artistes bien nantis), très peu pensaient aux compagnies de danse. Pour plusieurs d'entre elles, s'exporter n'est pas un luxe, mais une question de survie.

«Les grosses compagnies de danse québécoises vont chercher de 60 à 80 % de leurs revenus autonomes à l'étranger», mentionne Lorraine Hébert, directrice du Regroupement québécois de la danse.

«En 2002, nous avions fait une étude sur le salaire annuel moyen d'un danseur pigiste. Nous arrivions à 15 000 $, en comptant les tâches d'enseignement et le travail alimentaire. Nous sommes en train de refaire le même examen pour aujourd'hui et la tendance indique que cela n'a pas augmenté.»

«Le marché québécois et canadien est trop restreint. Aller à l'étranger est notre porte de sortie. C'est impératif», ajoute Gilles Savary, directeur artistique de Fortier danse-création.

Il ne bluffe pas: «Sur 112 salles québécoises qui pourraient présenter de la danse hors Montréal, elles sont seulement 17 à faire partie de La Danse sur les routes du Québec (voir autre texte)», rapporte Luce Couture, coordonnatrice du Théâtre Centennial de l'Université Bishop's, qui présente sept spectacles de danse cette année.

Pourquoi cette réticence des diffuseurs? Parce que la danse est un déficit assuré. Pas seulement à cause des faibles assistances, explique Lorraine Hébert.

«La plupart des spectacles ont des plans d'éclairage sophistiqués [jusqu'à 150 projecteurs, selon Luce Couture]. Il faut donc compter le temps de montage, plus les répétitions, car les interprètes doivent apprivoiser chaque scène.»

Compressions égalent blessures

Un an après la controverse, où en sont les compagnies québécoises? Le fonds d'urgence de la ministre Christine Saint-Pierre a sauvé les engagements à l'étranger pour 2009-2010. Les 2,5 millions $ (et non 3 millions $ comme on l'annonçait en mars viennent d'être confirmés au Conseil des arts et lettres du Québec. C'est après que tout devient incertain. Et comme les saisons se planifient des années à l'avance...

«Nous avons un projet sur la glace en ce moment», rapporte Suzanne Beaucaire, directrice du marketing pour la compagnie Le Carré des Lombes. «Il y a toujours possibilité de solliciter le CALQ, qui offre aussi de l'aide à la tournée, mais il ne pourra tout combler.»

Le plus dur, poursuit-elle, c'est que l'incertitude s'est transmise aux partenaires et diffuseurs étrangers. «On ne peut pas leur demander de compenser le manque de soutien de notre propre gouvernement!» dit Marie-Andrée Gougeon, directrice de Daniel Léveillé Danse. «Eux aussi vivent la crise mondiale.»

Sans compter qu'il y a aussi des coproducteurs dans le lot. «Ça, c'est de l'argent sonnant, et ces partenariats ne se bâtissent pas du jour au lendemain», dit Gilles Savary.

Marie-Andrée Gougeon parle même de conséquences physiques. «Qui dit compressions dit moins de repos et de temps de répétition, plus de stress et donc plus de risques de blessures.»

Trop petit marché

Peut-on espérer que le développement du public d'ici pourrait un jour diminuer la dépendance à l'exportation?

Lorraine Hébert n'y croit pas. «Une petite population comme la nôtre ne pourra jamais offrir le potentiel de revenus de l'Europe, des États-Unis, de la Chine ou de l'Amérique du Sud. Notre particularité, ici, c'est justement de générer, au sein d'une si petite population, autant de création et d'inventivité, aujourd'hui reconnues dans le monde.»

«Il faudra que les conditions changent», ajoute Luce Couture. «Une compagnie qui obtient un cachet de 5000 $ ici aura 15 000 $ en France pour le même spectacle. Dix dates au même endroit, c'est courant là-bas, alors qu'ici, une tournée de trois spectacles, c'est déjà beau.»

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