Est-ce la faute des phoques si la morue disparaît? Quelle est l'origine de la guerre au Rwanda? Comment les gens ont survécu à la misère qu'a entraînée la Deuxième Guerre mondiale? L'écrivain sherbrookois rationnalise peu son inspiration. Suffit qu'une question pique à travers sa tête pour qu'il commence un roman. «Mes romans ne sont pas que divertissants. J'y réponds à des questions que je me pose moi-même», dit celui qui a été nommé pour un prix du Gouverneur général en 2002.
Il n'est pas seul à s'intéresser aux réponses. Sa quinzaine de romans jeunesse, réalistes et éducatifs, sans fées ni princes à épée, se sont écoulés en 2500 copies en moyenne, mille copies sous la barre d'un bestseller adulte. Rocket junior, publié quelques mois après la mort du plus célèbre Maurice, a même atteint la marque des 10 000 exemplaires.
Dans les deux romans qu'il vient de publier coup sur coup, chez des éditeurs différents, il met un point d'interrogation après le rejet. Pourquoi? Comment en sortir? La grosse tomate qui louche, une commande des Éditions Pierre Tisseyre, présente Karine, aux prises avec des problèmes de poids, de strabisme et de rougissement. É-É-Émile (Éditions Hurtubise), sur un jeune garçon bègue dont on se moque, mijotait depuis une dizaine d'années chez celui qui a enseigné pendant vingt ans, à l'école primaire de Bromptonville notamment. «J'ai réellement connu un élève qui a commencé à bégayer le jour où son père a écrasé le chat avec la voiture. C'est ce qui arrive aussi à Émile. Cette histoire est arrivée d'abord dans un éclair, sans invitation. J'ai ensuite eu l'idée d'y intégrer des passages de l'oeuvre de Nelligan, qui porte le même prénom. Par la bande, le roman fait donc découvrir l'oeuvre du poète.»
À ce temps-ci de l'année, quand le dehors est moche, de novembre à mars environ, le natif de Saint-Gérard se terre dans son bureau-bibliothèque et écris. Plus de dix romans traînent présentement sur son disque dur, dont une biographie romancée de Gabrielle Roy destinée aux adolescents. «Je laisse reposer ce premier jet pendant un an. Sur le coup, on se trouve toujours extraordinaire. Ensuite, on trouve des erreurs. Je le précise: ce n'est pas parce qu'on écrit pour des enfants que c'est facile. Au contraire, plus c'est court, plus c'est difficile. Comme en médecine, un pédiatre n'est pas moins accompli. On ne lui demande pas s'il veut soigner des adultes plus tard.»










