Rita Lafontaine a d'abord connu le metteur en scène André Brassard en 1964. «Je travaillais à ce moment-là à l'Université de Montréal comme secrétaire et les étudiants avaient décidé de se donner un professeur de théâtre en la personne de Paul Buissonneau. Dans le journal étudiant, il y a eu un petit encart invitant les gens du personnel à se joindre à eux. J'avais déjà fait du théâtre en amateur à Trois-Rivières et je suivais des cours avec Paul Hébert. Je me suis donc en plus inscrite avec Paul Buissonneau. Il a monté une pièce et Brassard l'a vue par le plus grand des hasards.»
Rita Lafontaine lui est tombée dans l'oeil. À travers lui, elle a ensuite fait la rencontre de Michel Tremblay. Elle venait de sceller son destin à deux gars qui allaient devenir de grands hommes de théâtre. Et elle, leur interprète fétiche.
En 1968, le trio Brassard-Lafontaine-Tremblay fait ses débuts professionnels avec Les Belles-Soeurs au Rideau Vert. En 1998, pour marquer les 30 ans de cette pièce devenue célèbre, les trois artistes ont servi Encore une fois, si vous permettez. Cette oeuvre met en scène le Narrateur et sa mère Nana qui se retrouvent à plusieurs âges.
Puis en 2008, pour commémorer les 40 ans des Belles-Soeurs, Tremblay a imaginé le monologue Le paradis à la fin de vos jours, pour Rita Lafontaine. Nana est cette fois au ciel depuis 45 ans et confie au public ses frustrations célestes.
Fidélité
«Le paradis à la fin de vos jours pour moi, ça représente le temps qui a passé, la chance énorme que j'ai eu d'avoir cette amitié qui a duré si longtemps avec Tremblay et qui va durer toujours. Une amitié comme celle-là, c'est de la fidélité de sa part et de la mienne et de la part d'André Brassard. La pièce démontre comme il faut prendre la vie chaque jour avec ses bienfaits, avancer, ne pas perdre de temps», analyse Mme Lafontaine.
La comédienne a donc joué et rejoué Nana au fil des ans, en hommage à la mère de Tremblay, Rhéauna Rathier. Elle ne l'a jamais rencontrée puisqu'elle est décédée l'année précédant leur rencontre. Mais avec le temps, elle a développé avec elle une certaine complicité posthume. Nana est-elle son rôle le plus marquant? «C'est un personnage immense et magnifique, bien sûr. Mais c'est difficile d'avoir une affection particulière. J'ai joué aussi Manon dans À toi pour toujours, ta Marie-Lou, Albertine, qui a été très marquante. Dans le cheminement d'un comédien, c'est une histoire d'amour à chaque fois.»
Dans la pièce Le paradis à la fin de vos jours, le coup de foudre n'a toutefois pas été instantané. Rita Lafontaine s'est heurtée à la vision des choses que le dramaturge propose à travers Nana.
«Au paradis, elle est dans ses souvenirs et trouve bien malheureux de ne pas voir ce qui se passe en bas. Elle est fâchée contre Dieu (qu'elle n'a pas encore vu après 45 ans). Malgré tout l'amour reçu sur Terre, elle n'est pas satisfaite. Lorsque Tremblay m'a présenté sa pièce, c'était en contradiction totale avec ce que je pense de la vie après la vie. Je crois en la réincarnation, je crois qu'on n'a pas assez d'une vie pour devenir meilleur.»
La comédienne lui a dit qu'elle aurait beaucoup de mal à tenir ces propos, lui a demandé s'il voulait changer des choses. Que nenni! «Mais on ne s'est pas chicané pour ça. En 45 ans, ce n'est jamais arrivé. Après, j'ai compris en travaillant sur le texte à quel point c'était plus original et théâtral comme ça. C'est très beau, tellement bien écrit.»
Le metteur en scène Frédéric Blanchette l'a d'ailleurs beaucoup aidée dans sa réflexion.
«Il a été extrêmement respectueux. On a beaucoup parlé sur cette contradiction avec mes propres idées, on cherchait la vérité dans tout ça.»
Est-ce lui qui a décidé qu'elle jouerait pieds nus, comme on le remarque sur l'affiche? Non, ça vient d'elle. «Je ne sais pas pourquoi, ça s'est imposé. Quand on trouve la mort dans un accident d'auto, les gens perdent leurs chaussures. C'est ce qui m'a inspirée, je ne me voyais pas avec des souliers sur scène pour ce rôle.»











