Assigné comme témoin par la défense, soit le procureur général du gouvernement du Québec, celui qui s'est surtout fait connaître pour avoir coprésidé la célèbre Commission Bouchard-Taylor a d'abord été invité à relater, devant le juge Jean-Guy Dubois de la Cour supérieure du Québec, les conditions «sociologiques» qui prévalaient au moment où ont été tenues les audiences de la commission.
«Le Québec est venu près d'un vrai dérapage alors que régnait, en 2005, un climat d'insécurité face aux tensions inter-ethniques», a expliqué M. Bouchard en réponse aux questions de Me Benoit Boucher, de la partie défenderesse.
«On sentait même une certaine agressivité due à l'incompréhension, à la méconnaissance de la diversité religieuse à cette époque. Nous, à la commission, nous nous sommes rendus compte que la religion était toujours au coeur de l'affaire. Certains craignaient même que les musulmans parviendraient à imposer leur religion... Le Québec n'était plus le même que celui qu'avaient connu nos grands-parents... Quand on ne connaît pas l'autre, on devient plus intolérant», a-t-il raconté en substance.
Selon lui, il était important de trouver des moyens préventifs pour maintenir une existence pacifique et c'est pourquoi l'une des recommandations du rapport Bouchard-Taylor consistait précisément «à faire la promotion de façon énergique du cours d'éthique et culture religieuse».
Contre-interrogé par Me Jean-Pierre Bélisle, qui représente les parents qui cherchent à faire déclarer inconstitutionnelle l'obligation de suivre le cours ECR, M. Bouchard a dû reconnaître qu'aucun suivi direct ou privé n'a été effectué de la part du ministère de l'Éducation après le dépôt du rapport le 22 mai 2008. «Ils ont sans doute considéré qu'il appartenait à d'autres de prendre en mains la suite des choses», a indiqué M. Bouchard.
Me Bélisle était d'accord avec M. Bouchard pour dire que le mot «promotion» signifiait une opération, à l'aide d'outils techniques comme des manuels ou DVD, pour faire connaître le contenu du programme ECR. Ce qui, aux yeux de Me Bélisle, n'a pas été fait.
«Le ministère voulait imposer ce cours à tous et se foutait bien des recommandations du rapport», a-t-il affirmé à la sortie de la salle d'audience.
D'expliquer Me Boucher à La Tribune: «Nous avons voulu, en faisant témoigner M. Bouchard, démontrer l'importance de l'état d'esprit qui régnait au moment de la commission et qu'il était devenu justifiable pour le ministère d'introduire le cours ECR».
En avant-midi, un expert français, David Mascré, docteur en philosophie et en mathématiques, s'est également fait entendre par vidéo-conférence. Témoin des demandeurs, M. Mascré s'est dit d'avis qu'enseigner un tel cours à un enfant de sept ans revenait à lui demander d'apprendre sept langues avant même d'avoir assimiler la sienne.
D'autres experts assignés par la défense seront entendus mercredi.
















