Selon des données obtenues par La Tribune auprès de diverses sources syndicales, cela représenterait près de 4000 travailleurs. L'Estrie comptait 31 500 emplois manufacturiers en 2008.
«Minimalement, on parle de 56 ou 57 demandes actives en Estrie et d'au moins 13 ou 14 autres demandes à l'étude», indique Marc Bellemare, conseiller syndical à la FTQ.
Le programme «Travail partagé» aide les employeurs et les travailleurs à éviter des mises à pied temporaires, lorsque le niveau d'activité est en baisse. D'une durée maximale der 52 semaines, il permet aux employés de travailler trois ou quatre jours par semaine et de toucher des prestations d'assurance-emploi pour les journées non travaillées.
Selon Marc Bellemare, la situation est plus prononcée en Estrie qu'ailleurs: «En Estrie, on retrouve 13 pour cent des demandes actives et 18 pour cent des travailleurs touchés, alors que la région ne représente que 4 pour cent de la population du Québec», illustre-t-il.
Durement éprouvé depuis 2003 par l'appréciation du dollar canadien face à la devise américaine et par la concurrence asiatique, le secteur manufacturier estrien continue donc de subir d'importantes difficultés.
Le conseiller syndical reconnaît que l'actuelle récession est en cause, mais rappelle que le secteur manufacturier estrien a perdu 14 800 emplois entre 2003 et 2008.
«On est en récession depuis décembre 2008, mais la crise manufacturière a commencé en 2003. Le problème c'est aussi le manque de corrélation entre les entreprises et le milieu», souligne-t-il.
«J'aimerais bien que les élus de la Ville de Sherbrooke passent autant de temps à parler d'emploi que du Centre régional de foires. Si c'était le cas, peut-être y aurait-il quelques idées sur la table!»lance Marc Bellemare.
Dans l'ensemble du Québec, près de 400 entreprises seraient inscrites au programme «Travail partagé», ce qui représentait 20 000 travailleurs.
Gilles Lecours, économiste à Emploi-Québec, confirme lui aussi les données obtenues par La Tribune.
Selon lui, le nombre d'entreprises inscrites à ce programme «est exceptionnellement élevé, c'est beaucoup plus qu'en temps normal».
«Mais, en même temps, ça sauve des emplois. Il est préférable de faire travailler ses employés trois ou quatre jours par semaine plutôt que d'en mettre la moitié à pied», fait-il valoir.
Autre signe que l'emploi en arrache en Estrie, 36 projets de formation pour 1256 salariés ont été autorisés par Emploi-Québec, au coût de 1,6 million $, dans le cadre du programme «SERRÉ».
Celui-ci finance des activités de perfectionnement pour les travailleurs dont les entreprises sont touchées par le ralentissement économique et paye les salaires jusqu'à concurrence de 20 $ l'heure.
«Ça permet aux entreprises de garder leurs employés et de les former pour qu'ils soient mieux outillés lorsque viendra la reprise. Sinon, beaucoup de ces gens-là seraient mis à pied», explique M. Lecours.
En Estrie, le nombre de prestataires de l'assurance-emploi a bondi de 45,6 pour cent dans la région entre mars 2008 et mars 2009, pour se fixer à 19 420 personnes. Le taux officiel de chômage est de 9 pour cent.
Le député du Bloc québécois pour Sherbrooke, Serge Cardin, reproche pour sa part au gouvernement Harper de ne pas avoir vu venir la récession et de ne pas avoir adopté des programmes d'aide pour le secteur manufacturier et forestier.
«Il ne fallait pas être devin pour voir que ça irait mal. Il aurait fallu des mesures de sauvegarde pour le textile, telles que permises par l'Organisation mondiale du commerce, des garanties de prêts aux entreprises et des crédits d'impôt remboursables pour la recherche. Le gouvernement avait des surplus et les a envoyés à la dette», déplore-t-il.
La Tribune a déposé une demande auprès de Développement des ressources humaines Canada pour obtenir les données officielles sur le travail partagé.











