Carole-Anne est née avec une malformation du maxillaire inférieur. Chaque fois qu'elle s'arrêtait devant le miroir, plus jeune, elle se mettait à pleurer. «Un monstre, c'est ce que je voyais», dit-elle.
À l'école, elle a entendu toutes les méchancetés possibles de la bouche des autres jeunes: «Frankenstein», «L'écureuil», «Le monstre», et quoi encore. On l'a traitée de tous les noms.
Quand Carole-Anne était toute petite, on aurait dit qu'elle n'avait pas de menton. Elle pouvait d'ailleurs parler sans bouger les lèvres. «J'étais ventriloque et ça faisait rire...» se souvient-elle.
Mais Carole-Anne, elle, ne riait pas. Un jour qu'il l'examinait, le médecin spécialiste lui a mentionné qu'une personne sur un million naissait avec une telle malformation.
«Je n'arrêtais pas de demander à ma mère pourquoi j'étais venue au monde comme ça. Pourquoi moi sur un million de personnes? Un jour où j'insistais et que l'on était en voiture, maman a eu assez et elle s'est arrêtée le long de la route. En pleurant, elle m'a dit que c'était peut-être de sa faute. Elle est née aussi avec les joues bombées et, comme moi, elle a aussi été l'objet de méchancetés quand elle était toute petite.»
Carole-Anne Fortin raconte s'être isolée pendant toute son enfance. Personne ne voulait être l'ami d'un monstre, dit-elle.
Un spectacle et des amis
À l'âge de 10 ans, Carole-Anne a été opérée par un spécialiste. On lui a arraché 16 dents et introduit deux tiges de métal qui ressortaient à l'extérieur de son menton sur une longueur de deux pouces. C'était le prix à payer. Pendant un an, tout ce qu'elle mangeait devait être préalablement réduit en purée. Elle a souffert le martyre dans le seul espoir d'avoir un «look» normal, comme toutes les filles de son âge.
Carole-Anne vit avec sa mère, qui gagne sa vie comme femme de ménage, et son jeune frère. Or, les traitements qu'elle reçoit ne sont pas donnés. Encore moins les appareils et les broches qu'elle doit porter.
À venir jusqu'à maintenant, Carole-Anne a été opérée cinq fois. Elle a dû défrayer le coût de quatre appareils dentaires et on a dû lui installer des «broches» à deux reprises. Celles qu'elle porte actuellement et qui la conduiront à sa sixième opération, dans un an et demi, coûtent 8700 $. Ensuite, il lui restera à trouver l'argent pour la chirurgie plastique qui effacera toutes les cicatrices au visage causées par les opérations.
«Maman paye actuellement 250 $ par mois pour mes broches. Ce n'est pas évident», mentionne celle qui étudie en cinquième secondaire à l'école La Ruche de Magog.
Pour l'aider financièrement, Carole-Anne travaille depuis deux ans comme pompiste dans une station-service de Magog les fins de semaine. Avant cela, elle était caissière dans un libre-service.
Pour gagner plus de sous encore, il lui arrive d'aller «faire des ménages» avec sa mère. À Noël, elle a même fabriqué des cartes de souhaits avec une copine de l'école. Cela lui a rapporté 600 $!
Ce mercredi soir à l'école, le comité d'entraide de la Ruche présentera un spectacle multidisciplinaire, Le petit prince, et on a promis la moitié des profits à Carole-Anne pour l'aider à défrayer le coût des appareils qu'elle doit porter.
«J'ai déjà vendu pour 260 $ de billets», mentionne-t-elle fièrement.
Les personnes qui souhaiteraient aider financièrement la jeune femme peuvent le faire en communiquant avec Lucie Giguère, agente de service social à l'école La Ruche, au 819 843-1343, poste 19000.
Par ailleurs, les organisateurs de la soirée ont demandé à Carole-Anne de dire un mot de bienvenue sur le coup de 19 h 30. Affronter un micro, une foule, ce n'est pas évident pour elle, mais elle trouvera le courage.
«J'ai des amis maintenant, et ils seront présents dans la salle.»
Son chum également.










