Le militantisme de Jacques Proulx récompensé

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Le militantisme de Jacques Proulx récompensé

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Jacques Proulx

Archives La Tribune, Frédéric Côté

 

Yvan Provencher
La Tribune

(Saint-Camille) Le militant de la ruralité bien connu Jacques Proulx, de Saint-Camille, recevra vendredi le prix du Mérite spécial Adélard-Godbout de l'Ordre des agronomes du Québec pour son apport exceptionnel au développement du monde agricole.

Jacques Proulx a dirigé les destinées de l'UPA (l'Union des producteurs agricoles) de 1981 à 1993, fondé et présidé Solidarité rurale de 1991 à 2008, et fut à l'origine de la Politique nationale de la ruralité, adoptée en 2001, et que Québec vient de reconduire.

 

«Ce prix dont on m'honore maintenant, ça fait plaisir, réagit le lauréat, c'est toujours agréable. Mais je me dois de le partager avec d'autres. Je n'ai pas fait le travail tout seul. Je le reçois avec humilité.

«L'important, ajoute M. Proulx, c'est de savoir bien s'entourer. D'aller chercher plus fort que soi et de bien leur montrer qu'ils font partie de l'oeuvre. C'est ainsi qu'on réussit.»

D'aussi loin qu'il se souvienne, Jacques Proulx a toujours été impliqué et militant. D'abord dans sa commission scolaire, d'où il se tourne vers le secteur agricole dans un monde qu'il connaît bien puisqu'il est lui-même producteur agricole. De la Fédération des producteurs de lait, il accède à la présidence de la Fédération régionale, puis à la présidence de l'UPA en 1981, où il hérite de dossiers complexes.

«Les taux d'intérêts pour le financement des agriculteurs frôlaient le 25 %, ce n'était pas facile, raconte-t-il. De vieilles querelles déchiraient le monde agricole. J'ai à ce moment vécu une période très intense avec les négociations du GATT (ndlr: Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

et l'accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (ndlr: ALÉNA).»

Aux plans régional et national, Jacques Proulx s'est attaqué à des dossiers difficiles particulièrement dans un rôle de négociateur. Il rappelle la mise en place des politiques de zonage agricole, la discorde dans des groupes de travail relativement à l'insémination artificielle, le régime de stabilisation des revenus des producteurs agricoles, l'autosuffisance alimentaire, les tarifs de transport de grains au Canada, la mise en place des syndicats de producteurs agricoles et l'arrivée de nouveaux produits. « L'agriculture se modifiait, prenait de l'expansion. Il a fallu consolider nos entreprises agricoles par de grandes politiques.»

Il relate la fusion des deux fédérations de producteurs de lait, le lait nature et le lait industriel. «La bisbille existait depuis 1975 avec des prix différents, des quotas inégaux. Ç'a été probablement ma plus grosse bataille et un grand succès. Il a fallu cinq ans pour arriver à obtenir un accord majoritaire pour un plan unique et conjoint pour l'ensemble des producteurs, mettant fin à la bataille des deux laits.»

De ses grandes réalisations avec son équipe, il retient également le dossier du développement des marchés publics, une promotion ayant permis leur réapparition et l'émergence de produits variés du terroir. L'organisation des États généraux du monde rural en 1991 fut un moment privilégié. Toutes les organisations reliées de près ou de loin au monde rural y participaient.

«Dix ans plus tard, ça a donné la Politique nationale de la ruralité et la création de Solidarité rurale du Québec pour son suivi et en être le chien de garde des engagements qui y avaient été pris par les divers participants, organisme que j'ai eu l'honneur de présider.»

Des rencontres marquantes

Dans sa carrière, Jacques Proulx a beaucoup voyagé dans le monde et fait des rencontres extraordinaires. Il parle de son ami Raymond Lacombe, un vieux paysan humaniste, un militant de la Fédération nationale d'agriculture de France. Il a aussi côtoyé plusieurs premiers ministres et de nombreux ministres. Ses relations avec René Lévesque, Robert Bourassa, Bernard Landry et Michel Pagé furent toujours profitables et chaleureuses.

C'est avec Brian Mulroney, «un ratoureux», qu'il a connu sa plus grosse confrontation, même s'il reconnaît du même souffle en cet homme un grand premier ministre. De Pierre Trudeau, il rappelle avoir croisé le fer dans le dossier du «Nid-de-Corbeau», qui traitait du transport du grain au Canada.

Faisant un lien avec la politique, il ajoute «du moment qu'on atteint une certaine notoriété, une reconnaissance publique, on est approché par tous les partis politiques, on est du butin intéressant. J'ai horreur de la politique partisane. Ce n'était pas pour moi, je suis avant tout un militant».

 

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