Un citoyen et un entrepreneur coincés au coeur du domaine des Hells

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Un citoyen et un entrepreneur coincés au coeur du domaine des Hells

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Photo, Hélico Yves Tremblay

René-Charles Quirion
La Tribune

(SHERBROOKE) Un citoyen, Paul Laroche, de Saint-Denis-de-Brompton, et une entreprise, Excavation Charles Grenier, de Stoke, se trouvent privés de leurs terrains situés, curieusement, au coeur du domaine des Hells Angels de la rue Wellington Sud visé par une ordonnance de blocage judiciaire rendue dans le cadre de l'Opération SharQc 2009.

Les terrains enclavés du citoyen Laroche et de la compagnie appartenant à Charles Grenier et Vincent Grenier ne peuvent être vendus ou modifiés tant qu'ils sont soumis à cette ordonnance judiciaire.

Le document légal autorisé par le juge André Perreault de la Cour du Québec dont La Tribune a obtenu copie vise la compagnie à numéro 2314-3639 Québec Inc, dont les trois actionnaires sont des membres en règle des Hells Angels du chapitre de Sherbrooke, la compagnie Excavation Charles Grenier Inc ainsi que Paul Laroche.

Le plan cadastral du Registre foncier du Québec montre que les terrains acquis par Paul Laroche en 1997 et Excavation Charles Grenier en 2004 se trouvent enclavés entre des terrains appartenant à la compagnie à numéro dont les actionnaires sont les membres en règle Richard Rousseau, Guy Auclair et Georges Beaulieu.

Tout comme la compagnie à numéro du groupe de motards criminalisés, Excavation Charles Grenier et Paul Laroche ne peuvent se départir, détruire, altérer ou modifier leurs terrains tant qu'un tribunal n'aura pas statué au sujet de ces terrains qui se trouvent de part et d'autres de celui où est situé le bunker.

Le document légal ne justifie pas les raisons entourant ce blocage de terrains. Tous les documents présentés au soutien de cette ordonnance de blocage et de prise en charge de biens infractionnels sont mis sous scellé.

«Ces deux terrains enclavés font partie intégrante de l'ordonnance de blocage. Nous allons faire la démonstration devant les tribunaux que ces terrains sont des biens infractionnels. Ce n'est pas par erreur qu'ils font partie du lot des terrains soumis à l'ordonnance de blocage. Ils se devaient d'être saisis. Nous n'avons cependant rien à reprocher aux propriétaires de ces terrains», soutient le porte-parole de l'Escouade régionale mixte de l'Estrie, Martin Carrier.

Selon le rôle d'évaluation de la Ville de Sherbrooke, le terrain appartenant à Excavation Charles Grenier est d'une superficie de 3000 mètres carrés (32 291 pieds carrés) avec une façade sur la rue Wellington Sud. M. Grenier a payé son lot 18 500 $ aux membres en règle Jacques Émond et Richard Ouellet, alors que l'évaluation apparaissant au dernier rôle municipal est de 20 300 $, cinq ans après l'acquisition.

«Richard Ouellet s'est bâti une maison sur un terrain que je lui ai vendu dans un de mes développements. C'est lui qui m'a offert le terrain. Mon développement s'en va dans cette direction, alors j'ai saisi l'opportunité. Je suis acheteur de terrains. Je ne regarde pas avec qui je fais des affaires. Lorsqu'une opportunité se présente, je la saisis», explique Charles Grenier qui développe le quartier L'Orée des bois dans le secteur Ascot situé à moins d'un kilomètre du domaine des Hells Angels à vol d'oiseau.

Le terrain d'Excavation Charles Grenier se trouve collé sur la clôture située au Sud du lot sur lequel est bâti le repaire, au coeur d'un autre terrain appartenant aux Hells Angels.

«C'est certain que je suis surpris que mon terrain soit bloqué. Nous allons devoir prendre un avocat pour savoir pourquoi le terrain est sous cette ordonnance. Je ne sais pas pourquoi mon terrain se trouve dans cette affaire. Pour l'instant cette ordonnance de blocage ne nous cause aucun préjudice, car nous prévoyons l'utiliser seulement dans le futur. Pour ma part, je n'ai rien à me reprocher», assure M. Grenier, qui était accompagné d'un administrateur de sa compagnie, Gilles Samson, lorsque rencontré par La Tribune.

La propriété de Paul Laroche est de la même dimension, mais enclavée par deux terrains appartenant au chapitre de Sherbrooke des Hells Angels et située tout juste derrière le bunker. M. Laroche a payé 16 000 $ à la compagnie à numéro des Hells Angels, alors que la valeur actuelle au rôle d'évaluation, 12 ans après l'achat du terrain, est de 11 300 $.

Ce lot enclavé est délimité par un autre immense terrain des Hells Angels qui conduit jusqu'aux résidences des membres en règle Georges Beaulieu et Claude Berger.

«Une rue était supposée passer à cet endroit à partir du développement plus haut. J'avais entendu parler qu'une compagnie vendait le terrain alors je l'ai acheté. Je ne savais pas vraiment à qui appartenait ce terrain. Pour l'instant, ce blocage ne me pose pas vraiment de problème car le projet de développement n'est pas rendu à cet endroit», explique Paul Laroche qui a eu des contacts avec Charles Grenier afin de contester cette ordonnance de blocage.

Le vaste domaine des Hells Angels dans l'arrondissement de Lennoxville, avec ses quelque 113 550 mètres carrés (28 acres) dont 465 mètres de façade sur la rue Wellington Sud, est évalué par la Ville de Sherbrooke à 394 100 $.

Charles Grenier n'écarte pas la possibilité d'acquérir des terrains du domaine des Hells Angels s'ils sont mis un jour en vente par l'État ou par quiconque voudrait s'en départir.

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