"Ma mère a très bien résumé ce qui m'arrive en ce moment. Elle dit que mon corps est ici, mais que ma tête et mon coeur sont encore là-bas", explique-t-elle. Il y a à peine quelques jours encore, la jeune femme enseignait le commerce au secondaire et l'anglais au primaire dans un programme de parrainage ougandais. "C'est un orphelinat où il a une vingtaine d'enfants trop pauvres pour recevoir de l'éducation."De simple étudiante au Collège Champlain, Danika Bouchard a décidé de se lancer dans l'aventure de la coopération internationale après qu'un de ses professeurs, Yannick Daoudi, ait lancé un appel à tous pour la mise en oeuvre d'un nouveau programme d'aide humanitaire appelé le Mpora Rural familial Project. Si une cinquantaine de jeunes ont manifesté de l'intérêt pour le séjour, deux d'entre eux, Vincent Fournier et elle, ont finalement pris l'avion au mois de mai dernier à destination de Kampala, la capitale de l'Ouganda.
"C'est sûr que c'était un risque à prendre puisque personne ne savait comment le voyage allait tourner. Il n'y avait pas encore de cadre. Maintenant, je souhaite qu'il y ait toujours une présence québécoise dans cette région-là, souligne celle qui a dû payer de sa poche la quasi-totalité de son séjour. C'est ce que nous voulons éliminer. Nous ne voulons pas que les participants paient pour y aller." Et dès cet automne, le voeu de Danika Bouchard sera exaucé, puisque deux autres personnes prendront le relai dans cette contrée africaine.
La pointe de l'iceberg
Mis à part les fournitures scolaires et autres cadeaux divers qu'elle a offerts aux gens de Kinchwamba, la jeune femme a mis dans ses bagages l'image forte du choc culturel tel que décrit par Yannick Daoudi. C'est que le professeur a lui-même vécu tout le dépaysement que peut apporter une visite de l'Afrique noire.
"Il nous a expliqué que le choc culturel est un peut comme un iceberg. La pointe correspond à l'incompréhension. Pour découvrir ce qui se cache sous l'eau, il faut poser des questions", résume-t-elle en confirmant l'acuité de cette comparaison.
De fait, il lui aura fallu près deux mois pour s'adapter à la nourriture - du riz, du pain et des pâtes, essentiellement - et au mode vie ougandais. "L'hygiène est différente. Les animaux de la ferme côtoient les humains. En arrivant, j'ai été malade pendant trois semaines. Je voulais repartir. Je n'avais pas de support moral. J'appelais mes parents de temps en temps, mais c'est tout. Une fois l'adaptation faite, j'en ai profité au max", admet celle qui savait pourtant à quoi s'attendre, puisqu'elle avait visionné les films d'Invisible Children, un organisme à but non-lucratif qui a pour but de libérer les enfants soldats.
Incognito : mission impossible
Entre les cours qu'elle a dispensés, la reconstruction de la bibliothèque et les demandes d'aide et de subventions qu'elle a entrepris de compléter, il y a quatre choses qui ont marqué le séjour de Danika Bouchard : la pauvreté, la guerre, la maladie et la famine. "Au-delà de ça, ce qui ressort le plus, c'est l'esprit de communauté. Il y a tellement de choses qui peuvent arriver que je me demande si, en y retournant, je vais revoir les mêmes enfants", se demande-t-elle.
Malgré tout, Danika Bouchard n'avait qu'une seule chose en tête : passer incognito, tout en faisant une différence. "J'aurais bien aimé me fondre dans la masse, mais les blancs sont porteurs d'espoir, lance-t-elle avec la fierté d'avoir pu changer les choses à sa façon. Ce n'est pas l'argent qui compte, mais bien notre présence sur le terrain", conclut-elle en pensant déjà à la manière dont elle pourra intégrer sa passion pour l'aide humanitaire au baccalauréat en administration qu'elle entamera dans quelques jours à l'Université de Sherbrooke.










