"À Montréal, aux Trois-Rivières, à Québec, y'a rien à manger. Le monde est pas content. La misère noire c'pas drôle à voir. Envoye dans l'bois, ça presse", chantait Richard Desjardins en faisant référence aux fros, ces étrangers qui montaient chaque été dans le nord pour débroussailler les forêts québécoises.
C'est en référence à cette chanson, mais surtout à cette réalité que Stéphanie Lanthier consacrera son prochain documentaire dont la sortie est prévue en octobre 2010. Bienvenue au pays des mouches noires!
En plein milieu du mois de juillet, rarement le mercure dépasse-t-il les 10 degrés Celsius dans les forêts abitibiennes. Équipée de sa tuque, de ses gants et de son gros chandail de laine, Stéphanie Lanthier entre dans le monde des forestiers-débroussailleurs. Heureusement, la température, aussi mauvaise soit-elle, sert bien le propos.
"Sur le plan émotif, c'est l'fun pour l'image. C'est comme si on le vivait nous-mêmes", admet celle qui a passé plus de deux mois dans les bois cet été dans le cadre du tournage de son documentaire Les Fros (littéralement une contraction du terme anglais "foreigners", qui signifie étranger), une production de l'Office National du Film (ONF).
Il faut dire que Stéphanie Lanthier a l'habitude de la vie en forêt. Il y a cinq ans, elle a coréalisé Deux mille fois par jour, un documentaire sur la quête identitaire des planteurs d'arbres. "Je suis de Mont-Laurier, fille et petite-fille de bûcheron, ça coule dans mes veines", reconnaît celle qui a troqué les bois pour Sherbrooke en 1992.
Accommodements et réalité néo-québécoise
Dans la foulée de la Commission Bouchard-Taylor et des accommodements raisonnables, la réalisatrice a ainsi décidé de plonger au coeur d'un milieu sociocommunautaire encore méconnu.
"Comme il y a une pénurie de main-d'oeuvre chez les travailleurs forestiers québécois, de plus en plus d'immigrants viennent prendre cette place-là. Pour la plupart, ce sont des gens scolarisés qui choisissent de travailler dans le bois parce que c'est plus payant qu'un job au salaire minimum et surtout, ils sont plus libres au niveau de l'organisation", explique-t-elle.
Originaires de Roumanie, de Russie, d'Albanie, de Moldavie, d'Afrique centrale ou des Philippines, une fois le dur labeur commencé, les différences culturelles tombent peu à peu. "Je veux montrer l'esprit de communauté qui anime ces travailleurs. Il n'y a pas de chicanes ni de conflits internes. Il s'y développe une appartenance identitaire forte. Chacun va apporter quelque chose à l'autre", poursuit Mme Lanthier.
Avec Les Fros, la documentaliste souhaite non seulement réhabiliter un mot, mais aussi une réalité, celle des nouveaux fros qui, chaque été, débroussaillent des milliers de feuillus pour leur permettre d'atteindre leur plein potentiel. "Je veux montrer que cette rencontre au coeur de la forêt boréale est réussie et qu'elle amène les Québécois et les Néo-Québécois à partager un même métier, celui des forestiers traditionnels."
Pour compléter un tour d'horizon complet chez les fros, Stéphanie Lanthier devra retour- ner en Abitibi quelques jours à la fin septembre, ainsi qu'à la fin du mois d'octobre. Après quoi, le montage l'occupera jusqu'à l'arrivée du film sur les écrans, dans un an pratiquement jour pour jour.
D'ici là, les curieux peuvent suivre ses aventures en visitant son blogue au http://films.onf.ca/ les-fros/.










