Alors qu'un a été rescapé des mains d'un braconnier et que l'autre a été trouvé dans une cage dans un marché local, les six gorilles du Fernan-Van Gorilla Project ont tous un passé difficile, mais on a espoir qu'ils puissent, un jour, vivre de façon complètement indépendante en forêt. Pour que l'action néfaste de l'homme qui les a retirés de leur famille, pour des raisons allant de la vente d'animaux de compagnie au trafic de la viande de brousse, soit oubliée à jamais. Pour qu'ils puissent revenir à leur instinct de base. Comme c'était supposé au départ.Nick Bachand est le grand manitou à la tête de ce touchant projet. Avec ses 33 ans, son doctorat en médecine vétérinaire, la maîtrise en épidémiologie avec une spécialisation en viande de brousse qu'il s'affaire à terminer, son expérience de travail dans une clinique de chimpanzés au Cameroun, le Sherbrookois avait tout en main pour relever le défi que lui proposait la fondation hollandaise: celui de prendre en main ce projet, qui avait bien mal débuté -en dix mois, trois gorilles y étaient décédés-, de réapprendre à six gorilles la vie sauvage.
Même si l'histoire de Nick Bachand semble tout droit sorti d'un film, reste que le Gabon, ce n'est pas le Zoo de Granby. Tout est différent dans ce pays d'Afrique de l'Ouest. "Quand je suis arrivé là-bas, l'entretien des singes était négligé. Il y avait deux orphelins d'un an et demi et de deux ans avec lesquels les touristes pouvaient jouer! C'est super mauvais pour eux. Ils étaient très malades. Les gorilles sont sensibles aux infections respiratoires transmises par les humains. Souvent, ils en meurent", raconte Nick Bachand.
Le choc a été colossal. "Ça été un choc culturel profond et à bien des niveaux. L'adaptation a été difficile. Tout est différent. Nous voulions utiliser une île pour pouvoir isoler complètement les gorilles de l'activité humaine. Il a donc fallu voir avec le propriétaire de l'endroit qui, lui, a imploré le génie de l'île... Tout le travail pour mener à la construction des infrastructures sur l'île auront pris un an! Pour que le politicien donne son accord au protocole, nous devions lui donner cinq kilos de poisson par semaine... Il y a toujours plein de magouilles dans les négociations. À la fin, ça use. C'est un test psychologique chaque jour."
Vivre en forêt
Depuis deux ans et demi, le vétérinaire bosse à réhabiliter ces bêtes à vivre en forêt. Mais on ne parle pas ici d'un oisillon à la patte cassée que l'on soigne pour ensuite jeter en bas du nid. Pour un grand singe, les choses sont un peu plus compliquées. "Un gorille prendra de six à huit ans à apprendre les habiletés nécessaires à vivre en forêt. Par exemple, ils doivent être capables de distinguer une centaine de plantes qu'ils peuvent manger. On doit également leur apprendre à dormir seuls la nuit. Ils ne sont pas habitués à ça. C'est une grosse courbe d'apprentissage pour eux."
C'est pour ces raisons que les gorilles du projet ne sont pas très âgés et ont été sélectionnés afin de s'assurer qu'ils soient aptes à retourner dans le milieu qui les a vus naître. "On ne pourra jamais réhabiliter un singe qui a été enchaîné pendant 15 ans, qui fume et qui boit de l'alcool. Pour ce genre de gorille, il existe un sanctuaire, ici, qui leur apporte des soins et de l'aide", précise-t-il.
À l'école de la vie du Fernan-Van Project, Gimenu, Sindila, Ivindo, Eliwa, Wanga et Cessé auront quatre étapes à passer avant de décrocher leur diplôme final de gorille libre. "Ils ont tout d'abord été en quarantaine pendant trois mois où on leur a fait un scan de santé. Puis, nous les avons introduits aux autres gorilles. C'est une étape déterminante pour décider s'ils pourront réintégrer la vie sauvage. Ensuite, nous arrivons à l'étape de la réhabilitation forestière. Nous avons construit un orphelinat (une cabane en bois) sur une île où les singes apprennent à dormir la nuit en forêt, entre autres. Une petite équipe d'humains les surveille d'un camp, mais les contacts avec eux sont réduits au minimum. On les appelle les pa-rents suppléants. Nous en sommes à cette étape présentement. Finalement, notre espoir est, un jour, de réintroduire le groupe à la vraie vie sauvage."
Long processus
Pour l'instant, la réhabilitation forestière se déroule sans anicroche ou presque. Les petits éco-liers de la vie sauvage vont bien, s'acclimatent merveilleusement à leur nouveau milieu de vie. "Ils ont été malades, par contre. Un a même été traité aux antibiotiques. Certains sont plus paresseux et ont besoin de motivation pour se nourrir. Nous devons donc les supplémenter un peu. C'est un long processus..." rappelle-t-il.
Pour plus d'informations ou pour offrir un don à la fondation, on visite le gorillasgabon.scd-conservation.com/.











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