Et par-dessus le marché, l'homme de 42 ans adore le boulot où il se rend depuis 19 ans déjà. "Quand j'ai fini ma semaine le vendredi, je suis fatigué, je suis usé, mais je suis content. J'aime mon travail. Je connais tout le monde ici", explique-t-il.Pourtant, Pierre-Philippe Morin n'est pas tout à fait comme les autres employés que l'on est habitué de retrouver dans les usines sherbrookoises. En fait, il est atteint de déficience intellectuelle.
Et s'il travaille dans une véritable usine, qui fabrique de vrais produits pour d'authentiques clients, ce n'est pourtant pas une usine tout à fait comme les autres. Car l'Atelier Poly-Teck, un fabriquant d'articles de vinyle, est considéré comme un Centre de travail adapté. Sur ses quelque 80 employés, une bonne partie souffre de diverses formes de déficience intellectuelle ou d'autres handicaps physique ou mental.
L'entreprise de la rue Léger livre annuellement des milliers de produits à des centaines de clients de partout au Québec. Parmi les produits que les Sherbrookois aperçoivent régulièrement, notons les présentoirs de billets de loterie de Loto-Québec situés près des caisses enregistreuses dans les épiceries et autres commerces, ainsi que des couvertures de cahiers à anneaux et de certains types d'agendas.
Une chance sur le marché du travail
L'entreprise Poly-Teck a été fondée en 1961. Dès le début, les fondateurs souhaitaient offrir une chance d'aller sur le marché du travail à des employés handicapés. Depuis, rien n'a changé.
"Nous sommes une vraie usine, nous devons être aussi concurrentiels que les autres. Nous n'avons pas le choix! Par contre, ici, on n'est pas là pour faire des millions. Tous nos profits, on les réinvestit dans l'entreprise. C'est l'équilibre entre le profit et le social", signale Claude Thivierge, directeur général de l'Atelier Poly-Teck.
L'entreprise est-elle plus difficile à gérer du fait qu'une partie importante de ses employés aient des déficiences intellectuelles à différents niveaux? Car certains employés ont de très légères déficiences, alors que d'autres ont des trisomies assez profondes.
Non, assure M. Thivierge. "Les employés ne sont pas que des personnes handicapées, ce sont des humains comme les autres! Nous avons les mêmes problèmes avec nos employés que dans toutes les autres entreprises, mais nous les réglons différemment", explique celui qui dirige l'entreprise depuis 1997.
Et non, pas de psychologue ou de travailleur social dans la boîte. "Tout est une question de gros bon sens", ajoute le directeur général.
Pour éviter un maximum d'erreurs, tout a été pensé et réfléchi dans l'usine. Par exemple, dans le département de couture, des gabarits ont été installés là où le vinyle doit être découpé.
"Quand on embauche une personne, on fait un survol des postes disponibles dans l'atelier avec les nouveaux employés. On voit dans quoi ils sont bons. Certains sont très manuels, d'autres sont meilleurs sur certaines tables de travail. Certains peuvent travailler dans différents postes de travail, selon les besoins, d'autres ont besoin de plus de stabilité, et on respecte ça", fait savoir Claude Thivierge.
Les employés peuvent recevoir des promotions, ils montent dans l'échelle salariale... Comme dans toute entreprise, quoi!
Et ils repartent à la fin de chaque journée, heureux du travail accompli avec dignité et détermination.
"Quand je vois nos produits sur les tablettes, je suis pas mal fier!" s'exclame d'ailleurs Pierre-Philippe Morin, un large sourire éclairant son visage.












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