Immigrant, un dur métier

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Sarah Saïdi

Trouver un emploi demande souvent une bonne dose d'énergie et beaucoup de temps. Pour un immigrant, cette démarche essentielle se transforme parfois en un véritable casse-tête.

L'issue de la démarche varie selon le bagage professionnel de l'immigrant. Par exemple, celui qui cherche un emploi aux perspectives très favorables en Estrie, en plus de maîtriser le français et l'anglais, se trouvera un emploi avec facilité. À l'opposé, la tâche est plus complexe pour une personne qui ne maîtrise pas le français, notamment en raison du délai imposé par les cours de francisation.

«À Sherbrooke, c'est très difficile de se trouver un emploi, sauf dans le domaine de la santé. Beaucoup de mes amis sont partis à Montréal pour cette raison», raconte Fanta Diallo, étudiante originaire du Mali.

Pour Marie Gisèle Emmanuelle Jean, originaire d'Haïti, la recherche d'emploi s'est déroulée à merveille. «Ça m'a aidé que mon diplôme d'Haïti soit reconnu au Québec, croit-elle.  J'ai mis 4 mois à me trouver un emploi. J'ai d'abord postulé comme secrétaire-réceptionniste à temps partiel au Service d'aide aux néo-Canadiens, puis j'ai plus tard obtenu un poste permanent de technicienne en bureautique ».

Selon Mercedes Orellana, directrice du Service d'aide aux néo-Canadiens (SANC), beaucoup de travail reste à faire pour bien intégrer les immigrants dans certains secteurs du monde du travail. «Ça dépend aussi de l'ouverture des gestionnaires en place envers les candidats immigrants», souligne-t-elle.

À Sherbrooke, comme le secteur tertiaire occupe une place importante au sein de l'économie, il est fréquent qu'un immigrant se trouve du travail dans le milieu manufacturier. Néanmoins, «c'est très difficile de rentrer dans la fonction publique, parce que c'est beaucoup de mouvements à l'interne», précise la directrice du SANC. Toutefois, la Ville s'est nettement améliorée sur ce point. «On est passés de 1 % à 3,5 % d'immigrants employés à la Ville en l'espace de quelques années», mentionne-t-elle.

La difficile reconnaissance des acquis

Si Montréal à ses chauffeurs de taxi médecins, Sherbrooke a plutôt ses chauffeurs de taxi ingénieurs. «C'est difficile de faire reconnaître nos acquis. On passe à côté de main d'oeuvre qualifiée. Il faut que les choses changent», critique Mariame Cissé de la Fédération des communautés culturelles de l'Estrie.

Pour une question d'équité, les nouveaux arrivants doivent suivre la même formation que les autres Québécois ou détenir une formation jugée équivalente. «Ils ne doivent pas recommencer à zéro, mais ils recommencent à un certain point pour répondre au exigences du marché du travail québécois», explique Mercedes Orellana.

Beaucoup sont découragés par l'ampleur de la tâche. «C'est comme si on demandait à un enfant de marcher rapidement sans tomber. Ils ne comprennent pas pourquoi il y a tant d'exigences», illustre Mme Orellana. En plus de se chercher un emploi, les immigrants vivent ce qu'on appelle le processus post-migratoire, l'étape où l'on tente de comprendre le fonctionnement de notre société d'accueil. «Le piège, c'est de renier cette nouvelle société dont la réalité n'est pas aussi facile qu'on l'avait imaginée», souligne la directrice du SANC.

«C'est surtout au niveau des ordres professionnels que ça achoppe, en raison d'un certain protectionnisme», analyse Michèle Vatz-Laaroussi, professeure au Département de service social de l'Université de Sherbrooke. Quelques ordres professionnels, comme ceux des psychologues, des ingénieurs et des infirmières ont démontré de l'ouverture, mais n'aident pas les immigrants à se trouver de stage, déplore la professeure.

Plusieurs optent alors pour un retour aux études, particulièrement à Sherbrooke. «C'est une des stratégies les plus utilisées et elle donne accès aux prêts et bourses», signale Mme Vatz-Laaroussi.

Pour se faire une place sur le marché du travail, certains choisissent aussi de démarrer leur propre entreprise. «L'entrepreneurship ethnique prend de plus en plus d'importance en région. Ça permet aux gens de s'ouvrir aux autres cultures», mentionne Michèle Vatz-Laaroussi. «Ça fonctionne, mais ça reste de petites entreprises familiales en lien avec la culture d'origine.» Pas évident alors de briser les stéréotypes avec des épiceries maghrébines, des salons de coiffure de tresses africaines et des salons de manucure tenus par des asiatiques...

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