Le gouvernement du Québec souhaite en accueillir (et intégrer...) près de 50 000 par année, pour assurer le renouvellement d'une population vieillissante.
«En 1992, je suis arrivée à Sherbrooke par goût de la découverte, raconte-t-elle en se penchant sur son passé. Les enfants avaient 6, 4 et 2 ans. J'avais le profil d'emploi recherché par l'Université de Sherbrooke. Nous sommes 12 professeurs en service social. Je suis un cas privilégié.»
Parce qu'elle est bien consciente de tout ce qui est nécessaire pour qu'un immigrant puisse prendre racine. Elle l'a expérimenté entre autres toute jeune à travers son mari, qui était arrivé en France en provenance du Maroc. Et quel que soit le pays où un immigrant arrive, il a de nombreux défis à relever, fait-elle observer.
Au fil des ans, elle a publié de nombreux ouvrages sur ses recherches touchant l'intégration des immigrants. Son plus récent, en 2009, s'intitule Mobilité, réseaux et résilience - Le cas des familles immigrantes et réfugiées au Québec.
En 1993, elle a lancé avec son mari un organisme sans but lucratif de nature à favoriser les rapprochements interculturels, les «Rencontres interculturelles des familles de l'Estrie». L'organisme tient régulièrement des événements, comme le «Forum sur le racisme et la discrimination» il y a deux ans, ou le «Printemps latino» l'année dernière.
Les défis
Sur la voie de l'intégration à son milieu, quels sont les défis qui attendent l'immigrant?
Il y en a deux grands, répond la professeure: trouver un emploi qui correspond à ses compétences, et se créer un réseau d'amis et de connaissances.
L'Estrie a développé une structure d'accueil pour favoriser l'intégration des gens venant d'autres pays. Depuis une cinquantaine d'années, par exemple, il y a le Service d'aide aux néo-Canadiens qui joue un rôle de premier plan dans ce sens. Puis sont venues s'ajouter entre autres diverses classes de francisation.
«Le Québec et le Canada sélectionnent beaucoup leurs immigrants selon leur employabilité», note Michèle Vatz-Laaroussi. Il s'agit là de gens qui ont choisi de venir ici. Cependant on accueille aussi des réfugiés, des gens à la sécurité menacée dans leur pays d'origine. Or, «les réfugiés, c'est environ 15 % des immigrants, mais en Estrie c'est près de 50 %».
Cette particularité de clientèle oblige la communauté estrienne à déployer entre autres des classes d'intégration, et des mécanismes de soutien «dans le cheminement des difficultés d'apprentissage». Selon elle, «on se prépare des lendemains difficiles et il faudrait investir de ce côté». Parce que «ces gens ont besoin d'un soutien psycho-social important».
«Je ne crois pas qu'ils (les immigrants) soient menaçants pour les Québécois, estime-t-elle. Ils viennent pour s'installer, pour donner le meilleur d'eux-mêmes. La société n'a qu'à les prendre.»Repères
Née en France, à Tours
Âgée de 52 ans
Travailleuse sociale à compter de 1978
Arrivée à Sherbrooke en 1992
Maîtrise en sociologie
Doctorat en psychologie
Professeure titulaire, service social, Université de Sherbrooke
Champ d'intérêt: questions interculturelles et immigration











