Il ne faut cependant pas oublier l'importance qu'auront les rapports personnels entre les deux hommes dans leur capacité à travailler ensemble. Dans l'intérêt des deux pays qui partagent la plus longue frontière commune sur la planète, cette chimie pourrait être déterminante.
À ce jour, le sommet de la proximité entre le locataire du 24 Sussex et celui du 1600 Pennsylvania Avenue a été atteint durant les années Mulroney, alors que ce dernier est parvenu à négocier et signer les accords de libre-échange canado-américain avec Ronald Reagan et ceux de l'ALÉNA avec George H.W. Bush.
Sans vouloir anticiper ce qui se produira dans l'avenir, force est cependant de mesurer que Stephen Harper partage plusieurs points en commun avec le chef de file démocrate.
Sur le plan générationnel et personnel, ils se situent dans le même groupe d'âge. Stephen Harper est âgé de 49 ans. Barack Obama en a 47. Ils sont également pères de jeunes enfants. Leur action politique repose au surplus sur un fort ascendant intellectuel. Durant ses études, le commandant en chef des États-Unis a été président de la revue de droit de Harvard. Pour sa part, le premier ministre canadien a été à la barre d'un important think tank (groupe de recherche et de réflexion) dans l'ouest du pays, la National Citizens Coalition.
Électoralement parlant, Obama et Harper sont ce que l'on appelle couramment des «outsiders». On se souviendra que Stephen Harper n'était pas le candidat du vieil establishment conservateur pour prendre les rênes de son parti. Il ne l'était guère plus pour passer aux commandes du pays. C'est un peu la même chose pour Obama, auquel les caciques du Parti démocrate préféraient nettement la candidature d'Hillary Clinton.
Toujours dans cette trajectoire, le chef conservateur a délaissé les vieilles méthodes électorales, misant plutôt sur les nouvelles technologies informatiques pour se propulser au sommet. En 2007-2008, le sénateur de l'Illinois avait articulé sa campagne autour de l'internet pour remporter la mise. Le calcul a réussi à l'un comme à l'autre.
Dans son récent ouvrage consacré à la dernière course présidentielle, le journaliste Guillaume Debré décortique le changement de cap du candidat démocrate une fois l'investiture techniquement remportée au début de l'été dernier. Dans plusieurs dossiers comme le financement de sa campagne, la libre circulation des armes à feu et le dossier iraquien Barack Obama passait en mode centriste ou pragmatique si on préfère.
Le même phénomène est observable avec Stephen Harper. La rédaction du dernier budget fédéral en est un exemple éloquent.
À ce stade, il serait prétentieux de prédire comment se développeront les relations entre le président et le premier ministre. Une chose cependant saute aux yeux. Les deux hommes d'État partagent plusieurs dispositions pour établir une relation fructueuse. Il faut cependant dépasser les simples paramètres idéologiques ou partisans pour mesurer l'impact potentiel de ce constat.
Marc Nadeau
Sherbrooke











