Le discours politique canadien et québécois: augmenter le nombre d'immigrants
En Europe, la tendance est à la limitation de l'immigration et à la fermeture des frontières. Au Canada et au Québec, traditionnellement plus ouverts, le discours politique des années 2000 n'a pas varié: il faut augmenter le nombre d'immigrants pour faire face à la crise démographique et à la pénurie de travailleurs qui s'annonce pour 2015. Récession ou non, la population canadienne et québécoise vieillit et l'économie, pour se remettre sur pieds, aura besoin de nouveaux acteurs. Le premier ministre Jean Charest a annoncé d'ailleurs début 2009 sa volonté de permettre à plus d'étudiants étrangers de rester comme travailleurs migrants après leur diplôme.
L'immigrant bouc émissaire et la montée des intolérances
Pourtant, pour les populations locales, le premier réflexe est celui du repli et de la peur de l'immigrant qui devient un voleur de job, le bouc émissaire, celui qu'on rend responsable du chômage local. Lorsque les fermetures d'entreprise et les licenciements augmentent, les employés de toutes origines, migrants comme locaux, risquent de perdre leur emploi. Malgré cette réalité partagée, les travailleurs locaux voient souvent d'un mauvais oeil leurs collègues immigrants craignant qu'ils ne prennent leur place. C'est alors qu'apparaissent des mouvements xénophobes.
L'histoire témoigne de cette tendance, c'est après la grande Crise de 1929 que les partis nazis et fascistes appuyés sur des idéologies racistes ont pris le pouvoir dans plusieurs pays européens.
La région estrienne est particulièrement touchée par les fermetures d'entreprises et le taux de chômage est en hausse. Des voix se font entendre dans les syndicats demandant à limiter l'embauche des immigrants et à protéger l'emploi des locaux. Une nouvelle forme de protectionnisme voit le jour qui oppose les travailleurs locaux aux travailleurs immigrants.
Le discours de la crise justifie des positions souvent entendues: «S'ils ne sont pas contents, ils n'ont qu'à rester chez eux» ou plus encore «Ils doivent retourner chez eux, nous on a besoin de nos emplois». La question des difficultés d'insertion en emploi des immigrants ne se pose plus: c'est à cause de la crise!
Des immigrants participant à la relance économique?
Les organismes internationaux, eux, appellent à la vigilance et font la promotion de la mobilité. La Banque mondiale insiste sur le fait que durant la crise, les sociétés ont d'autant plus besoin de ces populations immigrantes qui sont plus mobiles et flexibles que les locaux. L'inquiétude de l'Union des producteurs agricoles du Québec de ne pas voir arriver ses travailleurs immigrants saisonniers à cause de la grippe porcine, montre bien le besoin de ces migrants.
L'Office international des migrations dont les termes sont repris par le président Obama pour les États-Unis, met en garde contre des positions de fermeture des frontières aux travailleurs migrants. Dans la récession, les sociétés ont un plus grand besoin de travailleurs dans les domaines de l'éducation, de la santé et du social. C'est ce qui permettra de maintenir la stabilité sociale dans la crise et le développement après la crise. Ce sont souvent des places pour lesquelles les immigrants sont compétents et formés et celles dans lesquelles leurs compétences sont actuellement gaspillées.
Les immigrants sont alors ceux qui permettront la relance en conjuguant leurs efforts avec les travailleurs locaux. Mais pour favoriser ce travail en commun, il est important de tenir compte du projet migratoire de l'immigrant qui arrive avec un bagage important de qualifications, d'expériences, de compétences professionnelles et sociales. La crise pourrait être le bon moment pour profiter de ce bagage et le faire partager à la région. Il faut alors penser projets locaux inclusifs et laisser les idées nouvelles émerger d'où qu'elles viennent. La crise économique devient l'opportunité de repenser le projet de société en y associant tous les acteurs présents.
Rester vigilants
Les pays et les localités ne savent pas toujours profiter de cette occasion, laissant la place aux vieux démons racistes et xénophobes. Au Québec, depuis les événements du 11 septembre 2001 et après la crise des accommodements raisonnables, de nombreuses communautés immigrantes vivent une exclusion. Elles se sentent mal venues. L'agression médiatisée d'une personne noire à Sherbrooke durant les dernières semaines renforce la menace d'une augmentation du racisme. La crise ne doit pas amener à minimiser ces événements. L'expérience montre qu'il est au contraire essentiel d'en parler et d'en comprendre les processus pour mieux les éradiquer à l'avenir.
Michèle Vatz-Laaroussi est
professeure à l'Université de
Sherbrooke
NDLR - La Tribune accueille dans ses pages éditoriales quatre universitaires chevronnés qui, à tour de rôle chaque semaine, analyseront l'actualité sous divers angles. Politique américaine, économie, environnement et immigration sont les grands thèmes retenus. Cette semaine, la professeure Michèle Vatz-Laaroussi, spécialiste de l'immigration en région et chercheuse membre de l'Observatoire de l'immigration dans les zones à faible densité d'immigrants, se penche sur les impacts de l'immigration en temps de crise économique.










