Le président a alors proposé un débat ouvert, honnête et bipartite. Il a insisté sur la nécessité d'adopter un projet de loi sur ce sujet d'ici le mois d'octobre.
Il a aussi affirmé que l'adoption d'un plan global et universel de santé, qui protégerait les consommateurs en réduisant les coûts des services et des médicaments, représentait une priorité pour son administration.
Ce plan peut prendre différentes formes, mais certains principes de base devront être respectés. Le débat au Congrès a déjà commencé et il promet d'être chaud et long. Les groupes de lobbyistes liés aux compagnies pharmaceutiques et aux associations de médecins et d'hôpitaux privés sont déjà mobilisés pour réduire la portée de la réforme proposée.
La question de la réforme de la santé n'est pas nouvelle aux États-Unis. Déjà en octobre 1960, le Harper's Magazine publiait un numéro spécial sur cette question. Il signalait alors la montée en flèche des coûts comme étant leur problème majeur.
Depuis 1945, les présidents Truman, Johnson, Nixon, Carter et Clinton ont tous échoué dans leur tentative de proposer un programme global de santé publique.
Le président Johnson est celui qui est allé le plus loin dans cette direction avec la création des programmes Medicaid et Medicare.
Pourquoi alors Barack Obama aurait plus de succès en 2009 sur cette question, alors que ses prédécesseurs ont tous plus ou moins échoué?
Présentement, les Américains disposent de quatre grandes formules pour couvrir leurs frais médicaux.
Les employés de compagnies et de l'administration publique bénéficient d'une assurance collective offerte par leur employeur. Les employés de compagnies ne bénéficiant pas d'assurance collective où les travailleurs individuels doivent normalement recourir à une assurance privée.
Les personnes âgées de plus de 65 ans, n'ayant pas d'assurance, où les personnes en bas de 65 ans souffrant de certaines maladies ont accès au programme Medicare. Ce programme couvrait 43 millions de personnes en 2007.
Finalement, les 60 millions d'américains se qualifiant comme plus démunis sont couverts par le programme Medicaid.
Le hic dans tout cela, c'est que les Américains ne disposent pas d'un programme global et universel couvrant tout le monde. Il n'y a pas d'obligation de se prendre une assurance.
La tranche de personnes qui ne bénéficient pas d'une assurance collective, mais dont le revenu est trop élevé pour se qualifier au programme Medicaid, ne cesse de s'élargir. Beaucoup de ces personnes, provenant de la tranche inférieure de la classe moyenne, trouvent tout simplement le coût d'une assurance privée trop onéreux. Cela est particulièrement évident en période de crise.
En 1990, il y avait 30 millions de personnes qui ne bénéficiaient d'aucune assurance médicale. En 1993, à la suite de la récession de 1991, le nombre était passé à 37 millions. En janvier 2007, à la veille de la présente crise économique, le nombre atteignait 48 millions. À ce nombre, il faut ajouter un autre 32 millions de personnes sous-assurées.
Le nombre de personnes non assurées ou sous-assurées représente environ 25% de la population américaine et il continue de croître pour une raison bien simple: l'augmentation faramineuse du coût des polices d'assurance.
Entre 2000 et 2008, le coût moyen d'une police d'assurance pour une famille de quatre a passé de 6351$ à 12 680$. Beaucoup de familles ne sont tout simplement pas capables d'absorber le coût d'une telle police qui peut facilement représenter 30% ou 40% de leur revenu.
Mais il y a plus encore.
Une récente enquête révélait que les frais médicaux étaient la principale cause de 62% des 1,5 million de faillites personnelles survenues en 2007, comparée à 46 % en 2001. Il est à noter que la large majorité des gens qui font faillite sont éduqués, propriétaires et membres de la classe moyenne. Certains d'entre eux sont acculés à la faillite parce qu'ayant perdu leur emploi, ils n'ont plus le moyen de payer leur assurance. Ils cessent donc d'être couverts par celle-ci. Lorsque la maladie les frappe, il ne leur reste plus qu'à faire faillite.
Le système américain de santé est donc dans une profonde crise.
Les Américains dépensaient plus en 2008 pour la santé que toute autre nation, soit 17% de leur PIB, comparé à 9,7% pour le Canada. Pourtant, leur système est rempli de trous.
Le président Obama a indiqué sa détermination à colmater les brèches du système. Son projet de réforme bénéficie de puissants appuis au Congrès, dont celui du sénateur Kennedy.
L'avenir nous dira s'il pourra faire mieux que ses prédécesseurs.
Gilles Vandal est professeur titulaire spécialiste des États-Unis à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.










