L'immigration, un problème ou une solution?

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L\'immigration, un problème ou une solution?

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Archives La Tribune, Frédéric Côté

La Tribune

 

L'immigration est un sujet sensible qui inquiète de nombreux Québécois. Des perceptions quant aux impacts négatifs d'un point de vue économique et social des immigrants au Québec sont parfois transformées en affirmations et peuvent être utilisées à des fins politiques par certains groupes d'individus ou politiciens.

Si le gouvernement Charest vise à accroître l'immigration au Québec au cours des prochaines années, c'est qu'il considère que ceci sera bénéfique pour la société québécoise.

 

Mes collègues Godbout, Joanis et Fortin font état depuis plusieurs années de la bombe à retardement démographique qui guette le Québec. L'inertie en matière de démographie aura certainement des conséquences dramatiques pour l'économie québécoise, mais aussi pour nos programmes sociaux qui ne seront plus soutenables d'ici 15 à 25 ans.

Dans ce contexte, le gouvernement peut notamment intervenir de manière à faire augmenter le taux de natalité; c'est ce qu'il fait depuis plusieurs années avec un certain succès, mais à un coût très élevé. Le gouvernement peut aussi intervenir afin d'inciter, voire obliger, les travailleurs à rester sur le marché du travail plus longtemps; il le fera au cours des prochains mois ou années. Toutefois, ceci aura des effets limités puisque des études montrent que la durée de travail n'augmentera que de 3 à 8 mois en moyenne.

L'autre solution est d'avoir une politique d'immigration plus agressive. Toutefois, comme nous l'avons dit, cette solution est beaucoup plus sensible d'un point de vue politique. Il ne s'agit pas ici de traiter en détails cette question puisque la commission Bouchard-Taylor l'a fait, mais plutôt de revenir sur les impacts économiques liés à l'immigration.

De plus en plus éduqués

Nous entendons des intervenants affirmer que l'immigration est négative d'un point de vue économique car les immigrants viennent au Québec pour profiter du système et sont de fait un fardeau pour l'État. Certains affirment que les immigrants volent les emplois des Québécois, alors que d'autres affirment que leur qualifications sont inférieures à la moyenne québécoise, ce qui contribue à abaisser le niveau de vie moyen au Québec. Bref, plusieurs pensent qu'ils ne contribuent pas au développement économique du Québec. Si nous confrontons les perceptions/préjugés aux réalités des chiffres, nous réalisons qu'il y a un monde de différence.

Une des premières choses qu'il faut prendre en considération pour comprendre la contribution économique des nouveaux citoyens québécois est que leur composition a beaucoup évolué depuis 30 ans. Nous avons maintenant une immigration de plus en plus éduquée. En effet, en 1995, 48% des immigrants avait au moins 14 ans années d'études. En 2008, ce chiffre est passé à 67%.

De plus, les immigrants parlant le français augmentent en proportion depuis plusieurs années, passant de 37% en 1995 à 61% en 2008. Ils ont même un niveau moyen d'éducation supérieur à celle de l'ensemble des Québécois.

Les études économiques réalisées par des chercheurs du centre de développement de l'OCDE ont montré que les effets de l'immigration sont positifs d'un point de vue économique dans tous les pays de l'OCDE. Bien que le taux de chômage soit quelques points de pourcentage plus élevé chez les immigrants arrivés il y a moins de dix ans (environ 3 point de pourcentage), certains emplois ne seraient pas comblés sans ces travailleurs, notamment parce que les conditions de travail sont parfois moins intéressantes. Au net, seuls quelques milliers d'immigrants sont au chômage.

Cependant, une part importante de ces travailleurs sont au chômage contre leur gré (discrimination du marché du travail), contrairement à la perception de certains. Pour les travailleurs issus d'immigration ayant vécu plus de 10 ans au Québec, le taux de chômage est moins d'un demi-point de pourcentage supérieur au taux provincial.

Un apport productif

L'autre contribution qui n'est pas toujours prise en compte est l'apport productif significatif d'une main-d'oeuvre qualifiée. Ceci découle de la stratégie d'immigration sélective mise en place par le gouvernement provincial et fédéral. Les ingénieurs, scientifiques, professeurs d'université, entrepreneurs et autres travailleurs qualifiés contribuent de manière importante à l'activité économique de la province. Le Québec cueille le fruit mur d'investissements en éducation faits par d'autres gouvernements (parfois de pays en voie de développement

et ces travailleurs contribuent directement et rapidement à l'activité économique. Les médias parlent régulièrement d'exode de cerveaux, mais le Québec joue aussi ce rôle à l'inverse pour plusieurs pays en développement. Ceci est positif pour l'économie québécoise.

Face au défi majeur de la décroissance démographique et l'apport économique démontré de l'immigration dans les pays de l'OCDE, le gouvernement ne devrait avoir aucune gêne à adopter des politiques plus volontaristes en matière d'immigration. Il sera nécessaire de bien vulgariser les bénéfices de celles-ci tout en concevant des mécanismes facilitant l'intégration des nouveaux arrivant s'il veut maintenir la qualité de vie de nos citoyens et préserver nos acquis sociaux pour les générations futures.

Luc Savard est directeur du GREDI

(Groupe de recherche en économie et développement international)

et professeur agrégé au département d'économique

à la Faculté d'administration de l'Université de Sherbrooke.

 

NDLR - La Tribune accueille dans ses pages éditoriales quatre universitaires chevronnés qui, à tour de rôle chaque semaine, analyseront l'actualité sous divers angles. Politique américaine, économie, environnement et immigration sont les grands thèmes retenus. Cette semaine, le professeur d'économique Luc Savard pose un regard économique sur l'immigration. 

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