Afin de réaliser sa vision d'une Amérique propre, le président Obama agit rapidement. Dès la fin janvier, il identifia le dioxyde de carbone comme une menace grave à la santé publique. Il décréta ensuite deux millions d'acres de terres sauvages comme domaine protégé. Il restaura la protection des espèces en danger. Il renversa la politique américaine sur l'exploitation du charbon. Il suspendit l'octroi de permis pour l'exploration des eaux côtières. Finalement, il réaffirma que les questions environnementales seraient traitées sur la base de critères scientifiques. Il sut ainsi, par son audace, rallier une grande majorité des Américains à sa politique.
Consciente que l'industrie automobile était au centre des questions environnementales, Obama affirma dès janvier la nécessité de revoir les critères entourant cette industrie pour réduire la dépendance américaine en pétrole. Pour ce faire, il adopta une approche de concertation réunissant à la même table des représentants du gouvernement fédéral, des États, des constructeurs automobiles et des syndicats. Les différents intervenants acceptèrent ainsi d'adopter les normes californiennes visant à réduire de 30 % d'ici 2016 les émissions de dioxyde de carbone provenant des autos. Grâce à ce programme environnemental, le plus ambitieux de l'histoire américaine, les Américains consommeront ainsi 1,8 millions de moins de barils de pétrole par jour.
Visant une réduction des gaz à effet de serre de 17 % en 2020, par rapport à 2005, l'administration Obama pressa ensuite le congrès d'agir rapidement pour forcer les industries à investir dans une économie verte. En contrepartie, les industries moins polluantes pourront vendre à d'autres leurs droits d'émission. Le congrès a été ainsi saisi du projet de loi Waxman-Markey. Mais si la Chambre des représentants a adopté ce projet de loi en juin, le Sénat en a reporté l'étude en septembre.
Avant l'accession au pouvoir d'Obama, l'idée que les nations les plus riches puissent se réunir et adresser la question du réchauffement climatique apparaissait comme une chimère de quelques environnementalistes. Mais l'administration Obama a démontré une telle détermination à collaborer avec les autres pays du monde sur cette question qu'elle a complètement transformé la donne en plaçant les États-Unis à l'avant-garde des efforts pour établir un consensus mondial sur ce sujet.
L'administration Obama a tiré les leçons de l'échec du protocole de Kyoto. Elle a compris qu'il ne se ferait rien à moins que les États-Unis adressent sérieusement le problème. De plus, le traité de Copenhague devra aller plus loin que celui de Kyoto. Kyoto a montré que pour qu'un nouveau traité soit efficace, il fallait qu'il n'y ait aucune exception pour éviter que les exemptions dont un pays bénéficierait annulent les efforts d'un autre. Il est donc important d'impliquer dans le processus dès le départ des pays comme la Chine et la Russie, respectivement premier et troisième pollueur mondial. Mais pour ce faire, le nouveau traité devra inclure des mécanismes de compensation financière et offrir aux pays en voie de développement un soutien technique pour relever ce défi.
Pour réaliser ces objectifs, Obama convia les représentants des dix-sept plus grandes économies mondiales, comptant pour 80 % des émissions, à un forum sur le climat à Washington les 27-28 avril. Ce forum visait à préparer le sommet du G8 en Italie en juillet et à créer une atmosphère propice aux négociations qui doivent aboutir à la signature d'un nouveau traité en décembre lors du sommet de Copenhague. La stratégie de l'administration américaine consiste à préparer un accord global par la signature, dans un premier temps, d'accords bilatéraux avec différents pays. Cette stratégie fut mise au point en mai avec la Chine, le premier pollueur de la planète. Finalement, Obama profita au début juillet de son voyage en Russie, troisième pollueur mondial, pour négocier un accord dans le cadre duquel les États-Unis vont fournir à la Russie un soutien technique pour rendre l'industrie russe plus efficace énergétiquement parlant. En contrepartie, la Russie s'engage à signer les accords internationaux pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Le sommet du G8 du début juillet a pu ainsi réaliser un premier consensus international sur cette importante question.
Dans la poursuite de ces objectifs, l'administration Obama essuya certains reculs. D'abord, le congrès n'a toujours pas adopté la loi Waxman-Markey. De plus, certains pays émergents ont refusé de soutenir des objectifs spécifiques de réduction d'émissions. Finalement, lui-même revint sur sa position première concernant les sables bitumineux d'Alberta, déclarant que ces derniers faisaient partie de la stratégie de sécurité énergétique des États-Unis. Toutefois, ce pragmatisme et ce réalisme s'expliquent par la nécessité d'assurer un approvisionnement stable en pétrole et le maintien des liens privilégiés avec le Canada. Malgré ces quelques embuches, le développement d'une politique environnementale globale représente une grande réussite des premiers mois de l'administration Obama.
Gilles Vandal est Professeur titulaire
de l'École de politique appliquée
de L'Université de Sherbrooke









