Chimie chromatique des automnes estriens

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Alors que la période des couleurs automnales prend fin et que... (Archives La Tribune, Jocelyn Riendeau)

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Archives La Tribune, Jocelyn Riendeau

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Alors que la période des couleurs automnales prend fin et que l'émerveillement engendré par les panoramas estriens laisse place aux premières chutes de neige, certains parmi les plus curieux se seront demandé à quels phénomènes physico-chimiques doit-on ce spectacle d'une invraisemblable beauté. Quels jeux subtils entre la lumière et la température permettent la concoction de ce cocktail chromatique?

Ces pigments sont les plus abondants pendant la période de croissance des plantes. Comme ils sont impliqués dans les processus énergétiques des végétaux, la photosynthèse, ils apparaissent en abondance tout l'été conférant une couleur verte intense aux feuillages. Ils sont synthétisés par les plantes pour effectuer la conversion du dioxyde de carbone (CO2 et de l'eau (H2O en sucres et en oxygène (O2). Cependant, ces fragiles composés de la famille des porphyrines sont dégradés par la lumière du soleil durant cette transformation chimique. Ils doivent donc être produits continuellement par les plantes durant la saison de forte croissance végétale.Ainsi, lorsque le métabolisme des plantes ralentit à cause du fléchissement des températures, mais aussi des jours qui raccourcissent, la production de chlorophylle ralentit. Cependant, la cause principale de cette diminution est la formation d'un bouchon de liège à la base du pétiole de la feuille, ce qui entrave l'écoulement de la sève et inhibe l'apport en nutriments (sel minéraux

nécessaires à la synthèse de chlorophylle. Comme ce pigment dominait jusqu'alors tous les autres, le voile vert se lève pour révéler les ors, ocres et orangés.

Jaunes caroténoïdes

Des membres de cette famille de composés (comprenant entre autres les carotènes, lycopènes et xanthophylles sont toujours présents dans le feuillage durant la période de croissance estivale car ils jouent un rôle complémentaire important dans la photosynthèse. Cependant, leurs subtiles colorations, variant des jaunâtres aux brunâtres, sont habituellement masquées par les teintes vertes intenses des chlorophylles. Des composés de cette famille donnent leur couleur jaune aux jonquilles, carottes, maïs, bananes, jaunes d'oeuf et même, aux canaris! Les caroténoïdes sont dégradés beaucoup plus lentement par la radiation solaire et la coloration qu'ils donnent aux feuilles des frênes, des peupliers, des trembles, et des bouleaux par exemple, persiste donc jusqu'à la chute des feuilles. Ainsi, le vert laisse place aux ors, ocres et orangés lorsque les nuits courtes et froides accompagnent le début des moissons. Mais d'où viennent les écarlates et les grenats?

Rouges flavonoïdes

La flambée des couleurs n'aurait pas tout son lustre si ce n'était des emblématiques rouges et pourpres de nos érables, chênes, sureaux et vinaigriers. C'est ici que la délicate balance des phénomènes physico-chimiques joue les plus hautes notes de cette symphonie chromatique. Alors même que l'écoulement de la sève est entravé par le bouchon de liège à l'endroit même où le pétiole se brisera pour laisser tomber la feuille, les sucres issus de la photosynthèse s'accumulent dans la feuille.

Ces sucres sont alors convertis en divers membres de la famille des flavonoïdes. La flavone et le flavonol sont tous deux des pigments jaunâtres, mais le plus large registre des rougeâtres est produit par les anthocyanes. Ces pigments, trouvés en abondance dans les canneberges, la pelure des pommes et des raisins, les bleuets et les fraises, peuvent apparaître rouge, magenta, violet ou même bleu alors que le pH de la sève modifie leur composition chimique. L'acidité du sol est donc un facteur clé pour l'apparition de ces coloris comme l'est aussi la lumière du soleil qui est nécessaire pour la synthèse de ces pigments par la plante (pour plus de détails, voir chemistry.about.com/weekly/aa082602a.htm).

Pour que les couleurs automnales aient tout leur éclat, les automnes secs et ensoleillés aux nuits froides mais sans gel offriraient donc les meilleures conditions pour l'émergence des pigments les plus flamboyants. Ces conditions étant propices à la production des sucres végétaux, elles stimulent une forte expression des anthocyanes qui apportent leurs chaudes touches vermeilles à notre saison des vendanges.

Patrick Ayotte

NDLR - La Tribune accueille dans ses pages éditoriales quatre universitaires chevronnés qui, à tour de rôle chaque semaine, analysent l'actualité sous divers angles. Politique américaine, économie, environnement et immigration sont les grands thèmes retenus.

 

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