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Obama et la guerre afghane: des choix difficiles à venir 

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Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama a pris deux décisions... (Photo, Associated Press)

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Photo, Associated Press

La Tribune

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, Barack Obama a pris deux décisions importantes sur le plan militaire. D'une part il a annoncé, comme il l'avait promis durant sa campagne électorale, que les États-Unis allaient retirer graduellement leurs troupes d'Irak d'ici la fin 2010. D'autre part, il a fait de l'Afghanistan une priorité. Comme les forces de la coalition sont confrontées depuis plus de deux ans à une recrudescence des activités de la guérilla, il ordonna au printemps dernier l'envoi de 21 000 soldats supplémentaires. Les troupes américaines devraient atteindre 68 000 hommes avant la fin de l'année.

Pour justifier sa politique en Afghanistan et vendre cette guerre aux Américains, le président Obama a dû utiliser la même stratégie que son prédécesseur et rappeler les événements du 11 septembre. Pour lui, l'Afghanistan n'est pas une guerre de choix, mais de nécessité. Elle est fondamentale à la sécurité des États-Unis, car c'est là qu'Al-Qaïda a trouvé refuge. Mais une majorité d'Américains semblent penser différemment et beaucoup deviennent fatigués d'une guerre dont ils ne voient pas l'issue à mesure que les pertes augmentent. Or, août 2009 a été pour l'armée américaine le mois le plus meurtrier depuis son engagement dans ce pays en 2001.

D'ailleurs, le général Stanley McChrystal, le commandant en chef des troupes américaines et alliées en Afghanistan, a soumis en septembre dernier un rapport de 66 pages sur la situation militaire qui y prévaut et dans lequel il demande l'envoi d'urgence de 40 000 soldats supplémentaires. Pour justifier sa demande, le général McChrystal dresse un diagnostic pessimiste dans lequel il décrit comment les talibans sont devenus un ennemi sophistiqué qui sait utiliser tous les astuces de la propagande moderne pour recruter et endoctriner de nouveaux adhérents. Par ailleurs, il note qu'ils ont appris à maîtriser les différents aspects d'une guerre insurrectionnelle, en plus de trouver des foyers de refuge au Pakistan. Selon le général McChrystal, les 12 prochains mois seront cruciaux pour renverser la situation et éviter un échec. Il n'hésite pas à affirmer: "Bien que la situation est grave, le succès est encore possible". Mais sans action et mise sur pied d'une stratégie anti-insurrectionnelle globale, il avertit l'administration que la défaite est probable. Selon lui, une telle stratégie n'est possible que par l'envoi des renforts demandés.

 

 

La demande du général McChrystal est devenue rapidement au centre d'un débat qui divise l'administration Obama. La secrétaire d'état Hilary Clinton, le secrétaire à la défense Robert Gates, le chef d'état major interarmes, l'amiral Michael Mullen, et Richard Holbrooke, émissaire spécial américain pour l'Afghanistan et le Pakistan, appuient fortement l'envoi de renforts. Par contre, le vice-président Joe Biden, le secrétaire général de la Maison-Blanche Rahm Emmanuel et le conseiller à la sécurité nationale, le général James Jones, y sont selon le New York Times très opposés. De plus, John Kerry, président de la commission sénatoriale des affaires étrangères, et l'ancien général Colin Powell, proche d'Obama, ont exprimés de fortes réserves. Le président Obama subit aussi de fortes pressions des membres démocrates du Congrès qui sont inquiets de la tournure des événements dans cette région du monde. Ces derniers sont particulièrement sensibles aux coûts financiers et humains de cette guerre.

Les opposants à l'envoi de troupes supplémentaires craignent que l'Afghanistan se transforme en bourbier et en arrive à représenter pour l'administration Obama ce que la guerre du Vietnam a été pour le président Johnson et la guerre en Irak pour le président George W. Bush. Gordon M. Golstein, ancien fonctionnaire des administrations Kennedy et Johnson, dresse dans un livre intitulé Leçons d'une catastrophe un parallèle saisissant entre la situation présente en Afghanistan et celle qui prévalait au Vietnam au début des années 1960. Il note que l'administration Kennedy eut le même déchirement que celui ressenti par l'équipe Obama et que des membres de l'administration Kennedy avaient alors exprimé des réserves similaires à celles de l'équipe du président Obama. À la fin, le président Kennedy avait choisi de ne pas engager les États-Unis dans cette guerre. Mais le président Johnson renversa sa décision.

Certains n'hésitent pas à rappeler que l'Afghanistan a été un cimetière pour les troupes d'Alexandre le Grand, celles de l'empire britannique au 19e siècle et tout récemment celles de l'Union Soviétique. Ils s'interrogent donc sur la capacité des troupes américaines et de leurs alliés de stabiliser un pays essentiellement rural, qui a une superficie qui représente deux fois celle de la Californie.

Par contre, les supporteurs de l'envoi de renforts supplémentaires argumentent qu'accepter la défaite en Afghanistan aurait des répercussions immédiates au Pakistan, un pays qui possède l'arme nucléaire. Pour plusieurs, c'est le principal enjeu de la guerre en Afghanistan. La continuité de la guerre est donc pour eux une nécessité.

Le président Obama a affirmé à plusieurs reprises que tout engagement supplémentaire en Afghanistan devrait reposer sur une stratégie claire démontrant que la campagne anti-insurrectionnelle proposée a une véritable chance de réussir. Le président Obama et son équipe sont donc confrontés à une première décision difficile. Les prochaines semaines nous diront la voie que son administration entend suivre.

Gilles Vandal est professeur titulaire

à l'École de politique appliquée

de l'Université de Sherbrooke.

 

 

 

NDLR - La Tribune accueille dans ses pages éditoriales quatre universitaires chevronnés qui, à tour de rôle chaque semaine, analysent l'actualité sous divers angles. Politique américaine, économie, environnement et immigration sont les grands thèmes retenus.

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