À Québec, à Sherbrooke, à Gatineau, on commence à voir de nouveaux visages et de nouveaux noms sur les affiches électorales. Ils sont encore très minoritaires et souvent considérés comme ayant peu de chance d'être élus mais ils font aussi la démonstration que leur place peut être en politique et que l'intégration passe par tous les niveaux de participation de la vie locale et nationale. Il est d'ailleurs surprenant de constater que les membres des communautés culturelles se tournent si peu vers la politique municipale alors que plusieurs tentent les niveaux provinciaux et fédéraux.La politique locale: des obstacles nombreux pour les immigrants
Il n'est pas facile pour des immigrants d'entrer en politique et peut être encore moins en politique municipale. C'est un monde fermé où les réseaux locaux sont tissés serrés, enracinés dans l'histoire partagée et dans les liens, si ce n'est familiaux, à tout le moins de proximité. L'immigrant pour y faire sa place, se doit d'intégrer cette histoire, d'y trouver ses marques mais surtout il doit être reconnu comme légitime par les citoyens auxquels il propose sa candidature.
Si dans les grandes métropoles, les candidats des communautés culturelles peuvent être représentatifs d'une masse critique de la population au travers de leur culture d'origine partagée et si cette communauté peut parfois les soutenir pour être plus présente dans les instances de décision, il en va tout autrement en région où les candidats migrants ou non, doivent être connus et reconnus par les citoyens locaux pour lesquels l'immigration ou l'interculturel restent des concepts étrangers et sans grand intérêt local. Non seulement ils ne peuvent bénéficier d'un nombre suffisant de compatriotes pour les soutenir mais plus encore ils doivent baser leur campagne sur des intérêts collectifs souvent très éloignés des situations des minorités culturelles.
L'immigration est aussi un sujet des campagnes électorales
Pourtant l'immigration est abordée dans les campagnes électorales fédérales et provinciales. On accuse parfois les minorités culturelles ou ethniques d'être ceux qui font pencher la balance d'un côté ou d'un autre alors que d'autres partis utilisent ces enjeux pour faire monter leur électorat comme dans la crise des accommodements raisonnables.
Au niveau municipal aussi, tous les candidats se prononcent au moins une fois durant leur campagne sur l'immigration et ses défis locaux. Le discours est stéréotypé, on veut des immigrants, on veut bien les accueillir, bien les intégrer et les retenir. On veut qu'ils participent au développement économique de la ville et de la région. Le candidat immigrant ne peut pas faire mieux et le plus souvent, il ne va pas faire différent!
Par contre sur tous les autres sujets, il doit être plus fort que les autres, montrer qu'il connaît mieux les enjeux locaux et les potentiels municipaux. On lui fait à priori un procès d'intention, celui de méconnaître le local et de vouloir représenter des intérêts ethniques spécifiques. Sa position n'est pas facile, pris entre sa volonté de participation politique, des communautés culturelles qui parfois le soutiennent, parfois le rejettent, et la communauté locale qui lui demande de prouver qu'il en sait plus que les autres. Pour se présenter en politique municipale, l'immigrant doit être plus intégré que les locaux!
L'élection de Barak Obama à la présidence des États-Unis est un bon exemple de ces processus dans lesquels l'identité ethnique, le noir, l'identité migrante, le fils d'Africain, et l'identité nationale, l'Américain, ont dû se cumuler pour permettre le succès. Mais le défi subsiste, on peut toujours lui reprocher de parler ou d'agir au nom des noirs ou des immigrants tout comme ces derniers peuvent être insatisfaits de ses réponses à leurs besoins et intérêts communautaires.
En fait une question reste posée, pourquoi parler d'immigrants lorsqu'on aborde la participation politique? Au Canada et au Québec, toutes celles et ceux qui se présentent sont des citoyens canadiens et cette persistance à les identifier comme des immigrants montre bien toute la dualité de notre société qui oscille entre multiculturalisme et citoyenneté nationale. Et il n'est pas simple pour nos candidats de se situer entre ces deux visions de la société.
Vers une politique municipale ouverte?
Pour conclure, rappelons que le Canada et le Québec sont connus pour avoir une politique migratoire ouverte et fort différente de celle qui se met en oeuvre dans les pays européens. On se veut un modèle pour la reconnaissance, la participation et l'intégration des immigrants. Et pourtant dans notre pays, les immigrants qui n'ont pas la citoyenneté canadienne ne peuvent ni voter ni être élus quelque soit le niveau gouvernemental. En Belgique, en Suisse, au Danemark, en Hollande, les immigrants en situation légale ont le droit de vote aux élections municipales et selon certaines conditions, peuvent aussi se présenter comme candidats. On veut ainsi favoriser leur participation locale pour ensuite permettre leur intégration nationale.
Au Québec, on joue en sens inverse, il faut d'abord passer par la citoyenneté nationale pour ensuite avoir la possibilité de participer à la politique municipale, vue comme la plus fermée. Dans le cadre des orientations de régionalisation de l'immigration et dans une démarche qui vise à reconnaître les potentiels locaux, il serait intéressant de penser à ouvrir les élections municipales aux résidents permanents leur permettant ainsi de s'inscrire et de s'investir localement tout en étant mieux connus et reconnus.
Michèle Vatz-Laaroussi est spécialiste
de l'immigration en région et
chercheuse membre de
l'Observatoire de l'immigration
dans les zones à faible densité d'immigrants.
NDLR - La Tribune accueille dans ses pages éditoriales quatre universitaires chevronnés qui, à tour de rôle chaque semaine, analysent l'actualité sous divers angles. Politique américaine, économie, environnement et immigration sont les grands thèmes retenus.










