Le chemin ardu de la normalisation

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Déjà en août 2007, le candidat Barack Obama avait exprimé une volonté... (Archives La Tribune)

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La Tribune

Déjà en août 2007, le candidat Barack Obama avait exprimé une volonté ferme de modifier la politique américaine à l'égard de Cuba et affirmé qu'il était disposé à s'asseoir avec les dirigeants cubains, sans conditions préalables.

Non seulement il s'engageait alors à mettre fin à près de 50 années d'embargo américain, mais aussi à normaliser les relations avec ce pays. D'autres présidents, dont Jimmy Carter, Bill Clinton et même George W. Bush, ont montré une volonté similaire de normalisation des relations américano-cubaines. Mais sous les pressions du lobby anticastriste, ils avaient tous dû revenir rapidement au statu quo. L'administration Obama a donc une opportunité de faire sa marque dans ce dossier.

 

Depuis son imposition en 1962, l'embargo américain a résisté à tous les efforts sporadiques qui ont été faits pour le lever. Ce fut même le contraire qui s'est produit: l'embargo a été renforcé en 1992 et la loi Helms-Burton de 1996 habilite uniquement le Congrès à le lever. Cette situation anachronique est largement due à l'influence des exilés cubains vivant aux États-Unis, particulièrement en Floride, et qui sont farouchement opposés au régime castriste. En dépit de cela, les relations entre les deux pays n'ont jamais été aussi chaleureuses depuis 1961.

Mais les pressions aux États-Unis se font de plus en plus fortes pour la levée de l'embargo. Non seulement de l'Église catholique, mais aussi de groupements agricoles, de l'industrie touristique et même de la jeune génération d'Américano-cubains qui voient une possibilité de tirer de grands bénéfices dans le rétablissement des relations commerciales et touristiques.

Plus important encore, les pressions se font sentir au sein même du Congrès américain. En février 2009, le puissant sénateur Richard Lugar de l'Indiana proposa un projet de loi révisant en profondeur la politique de sanctions économiques. Finalement, une délégation du caucus afro-américain s'est rendue à Cuba et a exprimé vivement le désir d'un rétablissement de relations normales entre les deux pays. Un mois plus tard, une pétition visant à assouplir l'embargo, en vue d'y mettre fin, a obtenu l'appui de 161 membres de la chambre des représentants et 33 sénateurs.

Entre-temps, la communauté internationale n'est pas restée indifférente. Lors du Cinquième Sommet des Amériques d'avril dernier, le président Obama fut interpellé par différents dirigeants latino-américains qui l'exhortèrent à lever l'embargo. Des dirigeants de pays modérés, comme la présidente Cristina Kirchner de l'Argentine, ont appelé le président Obama à saisir le moment historique qui se présentait à lui. Finalement, en septembre dernier, l'Assemblée générale de l'ONU adoptait pour une 17e année consécutive une résolution demandant la levée de l'embargo. La résolution fut alors votée à 185 voix contre 3.

D'ailleurs, les conseillers d'Obama sont conscients que l'assouplissement de la politique américaine à l'égard de Cuba représente un moyen rapide de se faire des amis en Amérique latine. Une telle ouverture permettrait aussi de contrer la montée de l'ALBA, qui est dirigée par Hugo Chavez et qui regroupe une dizaine de pays latino-américains opposés aux politiques néolibérales. Il en va donc de l'influence américaine dans la région.

C'est dans ce contexte que le président Obama a annoncé sa politique d'ouverture à l'égard de Cuba en avril dernier. Il a alors ordonné la levée à partir de septembre 2009 des restrictions sur les voyages pour les Américano-cubains et le transfert de fonds à leur famille vivant à Cuba. Ces derniers peuvent aussi envoyer des vêtements, des produits hygiéniques et du matériel de télécommunication. Mais, en dépit de ses discours d'ouverture comme celui qu'il a fait à l'ONU en septembre, le président Obama a refusé d'aller plus loin sans un changement politique de la part de Cuba concernant le respect des droits de l'homme.

La réaction des autorités cubaines aux gestes d'ouverture d'Obama a été plutôt positive. À plusieurs reprises, elles ont réaffirmé leur disposition à discuter de toutes les questions épineuses existant entre les deux pays, réitérant toutefois que ce dialogue ne pouvait se produire que sur «une base de réciprocité, de respect de la souveraineté et de non-ingérence dans les affaires internes».

Fait intéressant, dans son discours du 26 juillet, Raoul Castro a évité de faire allusion à l'embargo américain pour expliquer les difficultés économiques frappant l'île.

La balle est présentement dans le camp des États-Unis. Sur la question des relations américano-cubaines, comme dans plusieurs autres dossiers, le président Obama a montré jusqu'ici une volonté de changement, mais les résultats sont minces. Se montrant très prudent pour ne pas gaspiller le capital politique dont il bénéficie, il a tendance à laisser à ses supporteurs le soin de faire avancer les dossiers. En faisant preuve de leadership dans ce dossier et en demandant au Congrès de lever l'embargo américain, il a une opportunité de montrer que ses discours d'ouverture au monde ne sont pas que des phrases creuses.

Il répondrait ainsi partiellement aux espoirs qu'il a suscités dans le monde lors de sa campagne électorale et montrerait ainsi par une action concrète qu'il mérite effectivement le prix Nobel de la paix que l'on vient de lui décerner.

Gilles Vandal est professeur titulaire

à l'École de politique appliquée

de l'Université de Sherbrooke.

 

NDLR - La Tribune accueille dans ses pages éditoriales quatre universitaires chevronnés qui, à tour de rôle chaque semaine, analysent l'actualité sous divers angles. Politique américaine, économie, environnement et immigration sont les grands thèmes retenus. Cette semaine, le professeur Gilles Vandal pose le regard sur les relations américano-cubaines.

 

 

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