L'histoire débute le 16 décembre 2008 lorsque le commerce de détail spécialisé dans la vente d'instruments de musique procède à l'acquisition d'une tête d'amplificateur Marshall 1923, une édition spéciale visant à marquer le 85e anniversaire de la compagnie. On apprendra plus tard que Marshall a choisi de ne vendre que quatre de ces articles détaillés à 3500 $ pièce à travers le Québec.
Trois jours plus tard, l'entreprise de la rue Notre-Dame est la proie des voleurs. Profitant de la cohue provoquée par les emplettes de dernière minute avant le temps des Fêtes, un groupe d'individus mal intentionnés se serait emparé de l'onéreux équipement alors que tous les commis du magasin étaient occupés avec des clients.
Les employés de Gérald Musique remarqueront la mystérieuse disparition la journée même, mais décideront de patienter avant de formuler une plainte à la police compte tenu de la rareté de l'objet. «Nous nous sommes dits que nous la retrouverions et nous en avons parlé à notre entourage afin qu'il garde l'oeil ouvert», a indiqué le propriétaire, Gérald Fortier.
L'avenir devait leur donner raison puisqu'un peu plus d'un mois après le larcin, un musicien appelle M. Fortier afin de l'informer que sa tête d'amplificateur est en vente sur le site www.lespacs.com et qu'elle est désormais propriété d'Instant comptant de Sherbrooke. Après vérification du numéro de série, l'homme d'affaires communique avec les policiers et se rend à Sherbrooke afin de réclamer son bien.
Curieusement, même si les agents confirment qu'il s'agit bel et bien d'un article volé, ils ne peuvent le saisir. On leur indique qu'ils ont besoin d'un mandat et qu'une enquête doit être faite. À ce moment, le commis du magasin se serait empressé d'aller cacher la tête dans l'arrière-boutique. «J'aurais dû prendre la tête et partir avec. Les policiers n'auraient pas pu m'arrêter, ils venaient de dire que c'était à moi», a affirmé M. Fortier.
Les policiers ont obtenu le mandat nécessaire et ont saisi l'article aux fins d'enquête. Puis, après avoir mis la main au collet des voleurs, ils ont déterminé qu'il n'était pas de leur ressort de décider à qui devait être remis l'objet de valeur. Ainsi, ils ont mis le dossier dans les mains de la Cour.
Un verdict controversé
Le 24 avril dernier, la juge de paix Sylvie Demeules a entendu les plaidoyers de Gérald Fortier et de Robert Gendron, le propriétaire d'Instant comptant, au palais de justice de Sherbrooke. Alors que le premier, certificat d'authenticité et facture bien en main, était confiant de retrouver le bien qui lui avait été volé, le deuxième affirmait avoir acheté la tête Marshall de bonne foi même s'il n'avait dû débourser que 500 $ pour un équipement qui en valait sept fois plus.
Contre toute attente, se basant sur l'article 490 du Code criminel, la magistrate a décidé qu'Instant comptant était le propriétaire légitime de l'article et a ordonné qu'il lui soit remis immédiatement. Un jugement qui ne sera certainement pas sans donner d'idées aux receleurs.
«Cette décision m'amène à me poser de sérieuses questions sur notre système de justice. Probablement que si quelqu'un me propose d'acheter un article pour une somme ridicule, je vais le faire même si j'ai de forts doutes que ç'a été volé», a statué Gérald Fortier.
Chez Instant comptant, M. Gendron n'a pas retourné l'appel logé par La Tribune.










