Cessons le tataouinage, s'impatiente le maire Roger Richard. La caravane dont il a pris la tête prône l'utilisation des bacs de recyclage domestiques pour disposer des bouteilles de plastique et des canettes d'aluminium devant obligatoirement être retournées dans les commerces pour obtenir le remboursement de la consigne de 5 cents.
La démarche du maire de Victoriaville est un pied de nez à la toute-puissante Union des municipalités du Québec (UMQ).
«Abolir la consigne, c'est retirer des sommes d'argent considérables du réseau de recyclage au Québec. Allons vers des projets qui soulageraient les détaillants en alimentation tout en supportant mieux le milieu municipal», prône plutôt le président de la commission environnementale de l'UMQ, Denis Lapointe, maire de Salaberry-de-Valleyfield.
Trions les idées. Pour l'une ou l'autre de ces propositions, la consigne serait maintenue sur les bouteilles de bière à rapporter dans les dépanneurs ou les épiceries. C'est le chemin le plus court pour un retour vers les entrepôts des brasseurs, les livreurs laissant les caisses pleines dans les commerces et repartant avec les vides.
Les bouteilles de bière sont les seuls contenants ne nécessitant qu'un lavage avant réutilisation.
Tous les autres contenants actuellement frappés d'une consigne sont à remplissage unique et doivent nécessairement passer par les étapes de fusion et de remoulage. Ce sont les produits ciblés par la cabale du maire de Victoriaville, de l'opérateur du centre de tri régional et de la compagnie Gaudreau Environnement, autre acteur de premier plan dans les Bois-Francs en matière de gestion des matières résiduelles.
«En abolissant la consigne, la valeur marchande de ces contenants dans la collecte sélective renverrait une douzaine de millions de dollars dans les régions d'où ils proviennent alors que ces revenus ne profitent actuellement qu'à une poignée d'entreprises de recyclage», fait valoir Réal Fortin, l'opérateur du Centre de tri Gesterra que la MRC d'Arthabaska possède en copropriété avec Gaudreau Environnement. Le milieu environnemental est petit et tricoté serré dans les Bois-Francs.
M. Fortin s'est exprimé hier au nom des 36 centres de tri du Québec, affirmant que 96% d'entre eux ont appuyé cette demande dans le cadre d'une consultation.
Le gestionnaire responsable du Centre de tri et de récupération de la région sherbrookoise, Guy Labbé, n'est pas fermé à l'idée. Mais il émet certaines réserves.
«On en parle et on en parle, mais personne n'a encore évalué tous les aspects économiques, techniques et technologiques. Cela devrait être examiné à fond par Recyc-Québec avant d'abolir définitivement la consigne», nuance le porte-parole de la régie regroupant six des sept MRC de l'Estrie.
Le Centre de tri de Sherbrooke peine déjà à suivre le rythme de croissance des volumes à récupérer. Un investissement de 1,5 M $ est en demande de financement auprès de Recyc-Québec (pour le tiers du montant).
«Notre aire de réception a une capacité de 120 tonnes et les livraisons atteignent jusqu'à 180 tonnes certains jours. Augmenter les volumes ne pourraient se faire qu'en accroissant davantage les investissements», explique M. Labbé.
La part des investissements consacrée aux nouveaux équipements vise l'atteinte des standards des recycleurs de papier. La facture pour des équipements mécanisés qui permettraient d'accélérer le tri et la productivité serait en sus. D'où l'importance de veiller à ce que les sources additionnelles de revenus soient suffisantes.
L'Union des municipalités du Québec propose de son côté d'effectuer une ponction supplémentaire dans la poche des recycleurs détenant actuellement le marché exclusif de transformation et de rediriger cet argent vers les municipalités.
Imaginons, par exemple, que les écocentres puissent devenir de grandes succursales où les citoyens «vendraient» leurs cannettes et leurs contenants de plastique en même temps qu'ils rapporteraient des débris de construction ou des contenants de peinture à recycler.
«Les détaillants en alimentation seraient soulagés tandis que les municipalités recevraient de l'argent de deux sources: d'une partie de la consigne ainsi que de la vente de la matière première. Elles auraient des moyens plus adéquats pour supporter le développement du réseau», argumente le porte-parole du monde municipal.
Éco Entreprise Québec, l'organisme représentant les fabricants de produits et d'emballage qui déboursent 50% des coûts du recyclage, trouve son intérêt dans le discours des Bois-Francs.
«Les centres de tri s'avèrent à coup sûr le système le plus efficace et le moins coûteux. La logique défendue par la délégation de Victoriaville répond autant à des critères écologiques qu'économiques» supporte la présidente Maryse Vermette.
On va tataouiner combien de temps encore, un autre cinq ans ?











