C'était en 2002. Le parcours de Daniel Minani lui avait fait fuir le Burundi, où il étudiait à la maîtrise en gestion agricole avant que la guerre éclate en 1993. Il s'est réfugié au Congo avec sa conjointe. «On rêvait d'une grande ferme...» C'est la guerre qui l'a rejoint. Il s'est réfugié en Tanzanie. La vie de camp durant 5 ans, avant de poser son baluchon à Sherbrooke.
«Pour travailler comme agronome, on m'a dit qu'il fallait que j'aille étudier à Québec, relate M. Minani. Mais j'avais parcouru plusieurs pays, je n'avais pas l'intention de déménager encore.»
Après deux ans de boulots quelconques, le couple a racheté une entreprise qui se dirigeait vers la faillite. Depuis 2006, Daniel Minani et Madeleine Nyandwi sont propriétaires du Centre maraîcher Dubé et fils.
Les serres ont d'abord vu pousser tomates et concombres. «J'avais un préjugé, je pensais que les gens ne viendraient pas chez moi, pas chez un Noir. Mais je me suis rendu compte que la couleur qui compte, c'est celle des tomates!»
Il a plus tard commencé à cultiver des fruits et légumes exotiques, une dizaine de cultures en tout. La clientèle visée était immigrante, mais les Québécois de souche le surprennent à s'y intéresser. Ainsi, les saveurs qu'il a apportées avec lui se répandent, maintenant jusqu'en Colombie-Britannique.
Sa réussite lui a permis de mettre la main jeudi sur le prix REMI dans la catégorie Petite entreprise, lors de la troisième édition du gala des prix Reconnaissance mérite immigrants, organisé par le Réseau des mentors pour les immigrants du Québec (RÉMIQ).
Les résultats obtenus par Daniel Minani illustrent bien un des objectifs visés par l'instigateur des prix REMI, Serge Nomo, président du CA du RÉMIQ: ouvrir les esprits. Dans le cas de l'agronome, tant l'arrivant que la communauté d'accueil ont traversé leurs préjugés.
«Je suis très satisfait de ce que ces Prix sont en train de devenir, assure M. Nomo. Ça a été dur au début. On avait deux partenaires et 150 personnes au Gala. On est rendus à 12 partenaires et 300 personnes.»
Si M. Nomo avait annoncé l'an dernier qu'il comptait étendre l'événement estrien à l'ensemble du Québec, le projet attendra encore un peu. «On consolide. Après cinq éditions, on fera le bilan. Il y aura toujours un gala à Sherbrooke, et on en fera peut-être un autre à Montréal en 2010.» Un gala national pourrait naître des galas régionaux.
«On fera peut-être une édition aux deux ans, pour laisser le temps au bassin de se renouveler», pose M. Nomo.
LES LAURÉATS
Travailleur autonome ou Petite entreprise
Centre maraîcher Dubé et fils
Daniel Minani, Burundi
Démarrage d'entreprise
Coopérative d'habitation des grandes familles Malekesa Oboo, République démocratique du Congo
Réussite d'intégration en emploi
Jaouad Benazzouz, Maroc
Relève entrepreneuriale
Jenny Alejandra Sanchez
Salgado, Colombie
Chercheur senior
Goze Bertin Bénié, Côte d'Ivoire
Jeune chercheur
Anderson Araujo-Oliviera, Brésil
Personnalité artistique
Majid Blal, Maroc
Personnalité sportive
Issa Ouedraogo, Burkina Faso
Jeune relève
Marko Medjugorac,
Ex-Yougoslavie
Personnalité ayant facilité
l'intégration des personnes
immigrantes
Mohamed Soulami, Maroc











