«On craint une baisse du taux de participation aux élections. C'est une tendance qui risque d'être accentuée», estime la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, en entrevue à La Tribune. «Il y a une réelle crise des institutions et c'est une menace à la démocratie».
«La non-participation, c'est souvent le fait chez les jeunes, les plus démunis et les moins organisés. C'est dommage qu'ils ne soient pas présents dans les choix de gouvernance à faire», déplore-t-elle. «On souhaite que les militants s'impliquent pour les inciter à voter», dit Mme Carbonneau, à la tête d'une organisation qui regroupe 300 000 membres, dont la moitié dans le secteur public.
Mais à quel parti profite l'abstention? «C'est documenté par tous les politologues, c'est les libéraux que ça sert», reconnaît-elle. «Ce n'était pas pour les intérêts supérieurs du Québec» que les élections ont été déclenchées, ajoute-t-elle, mais bien parce que Jean Charest souhaite obtenir un gouvernement majoritaire où il n'y a qu'une seule paire de mains sur le volant, comme il l'a souvent répété.
«Il n'y a pas de consigne de vote, pondère-t-elle cependant. On n'en fera pas. On demande d'appuyer les candidates et candidats qui apparaissent les plus en ligne avec la CSN et les valeurs qu'on partage», tout en tenant compte «de la capacité des candidats de les mettre en application».
«Il y a quelque chose d'assez tordu dans notre système démocratique», fait valoir Mme Carbonneau. «Les votes aux partis marginaux ont fait élire quatre des dix députés conservateurs au Québec» aux dernières élections fédérales, observe-t-elle. C'est pourquoi elle apprécierait une réforme du scrutin qui accorderait un certain nombre de députés sur une base de la proportion du vote, comme le font certains peuples.
»Un scandale!»
La présidente de la CSN a-t-elle un brin de sympathie pour les libéraux de Jean Charest? «Entre les libéraux élus en 2003 et ceux de 2007, il y a eu du changement, moins d'arrogance, un petit peu plus d'écoute» grâce au gouvernement minoritaire, répond-elle. Il y a eu des bons gestes, comme le pacte de l'emploi, mais, nuance-t-elle du même souffle, «je ne crois pas à la conversion».
Elle s'inquiète entre autres de la privatisation du secteur de la santé dans laquelle se sont engagés les libéraux, d'abord avec les chirurgies de la hanche, du genou et des cataractes, ce qui entraîne un glissement de personnel de la santé vers le privé.
À ces trois chirurgies à pratiquer dans le privé, «le gouvernement en a ajouté 55 autres qui entreront en vigueur 1er janvier prochain», dénonce Claudette Carbonneau. «C'est un véritable scandale!» Le système de santé du Québec sera ainsi «le plus privatisé au pays», déplore-t-elle.
Conjointement avec la FTQ, la CSN a déposé cette semaine un recours en Cour supérieure pour faire invalider ce règlement sur les cliniques médicales spécialisées adopté en juillet dernier en pleines vacances juste avant le départ du ministre de la Santé de l'époque, Philippe Couillard.













