Un pénible casse-tête pour joindre les deux bouts

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Un pénible casse-tête pour joindre les deux bouts

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Transporter toute la nourriture offerte par Moisson Estrie n'est pas facile. L'équipe composée de Roger Bernier, Marc Latendresse, Josée Leclerc et Isabelle Lemelin a tenté l'expérience, question de constater les difficultés auxquelles s'exposent les familles qui vivent dans la pauvreté.

Imacom, Maxime Picard

Marie-Christine Bouchard
La Tribune

(Sherbrooke) Mme Tremblay est la mère monoparentale de trois enfants de huit, cinq et deux ans. Elle sait à peine lire et écrire et ne travaille pas depuis quelques années. Et voilà que son conjoint, le papa de sa petite dernière, vient de la quitter en amenant avec lui une bonne partie des meubles de l'appartement. Mme Tremblay se retrouve maintenant prestataire de l'aide sociale et touche des allocations familiales. Elle doit donc boucler son budget mensuel avec... 2100 $.

Pendant tout un avant-midi, ce sera la journaliste de La Tribune qui devra jongler avec le budget de Mme Tremblay, en compagnie de Serge Paquin, conseiller municipal, Anne-Josée Lemieux, d'Emploi Québec, et Marie-Hélène Lamarche, de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

En effet, la Table d'action contre l'appauvrissement de l'Estrie, Ascot en santé et l'Association coopérative d'économie familiale avaient organisé, vendredi, le Rallye de sensibilisation à la pauvreté.

Pendant quelques heures, 35 intervenants de la région, divisés en huit équipes, étaient invités à composer avec le budget d'une des huit familles différentes qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Pour ce faire, ils devaient visiter des appartements et des organismes et parvenir à boucler le budget tout en subvenant à tous les besoins de la famille.

Dans le cas de l'équipe qui représentait la famille Tremblay, le rallye commençait par la recherche d'un appartement. Alain Roy, de l'Association des locataires de Sherbrooke, jouait le rôle d'un «méchant» propriétaire, peu sensible aux lois et au bien-être de ses locataires. Et il semble que les propriétaires véreux ne soient pas si rares, au contraire!

«Vous n'avez pas accès au terrain parce que les enfants, ça brise tout. Et si vos enfants font du bruit après 19 h 30 ou trop de bonne heure le matin, je vous amène à la Régie du logement!»

Résultat des courses: il faudra payer 650 $ pour le loyer, plus l'électricité qui frôle les 50 $ par mois. Pour effacer les dettes, il faudra aussi rembourser 50 $ par mois à Hydro-Sherbrooke, et 200 $ par mois (jusqu'à concurrence de 1300 $) pour rembourser le dernier propriétaire que l'on n'a pas pu payer ces derniers mois. Au total, c'est près de 50 % du budget qui passera à payer le toit et les dettes reliées à l'hébergement et au chauffage.

Ensuite, la petite famille Tremblay s'est arrêtée chez Famille Espoir afin d'avoir accès à des ressources communautaires et familiales. «Nous offrons toutes sortes d'activités gratuites comme des dîners-rencontres, des samedis d'activités, l'aide aux devoirs, des sorties familiales, etc.», fait savoir l'intervenante sociale Sophie Caron.

Et le tout est gratuit... sauf la carte de membre annuelle à 2 $ et la halte-garderie à 1 $ pour trois heures. Heureusement, car le budget est serré. Très serré.

Une famille d'un adulte et de trois enfants devrait normalement payer 680 $ pour se nourrir même en feuilletant les circulaires. Impossible de tout payer. Il faudra donc faire une halte chez Moisson Estrie pour avoir un soutien alimentaire.

Après une analyse de notre budget, la directrice du service d'entraide de l'organisme, Jade Brassard, en vient cependant à la conclusion que les revenus sont trop élevés et les dépenses trop peu nombreuses pour que nous puissions bénéficier d'une aide mensuelle.

«Nous pouvons vous aider pour cette fois-ci et pour le mois suivant. Ensuite, ce sera une aide occasionnelle.»

Il faudra visiblement se serrer la ceinture pour faire manger toute la famille! Mais cette fois-ci, nous quittons néanmoins avec papier de toilette, pain, lait, une livre de boeuf haché, du poulet en conserve, etc. Une question s'impose: comment une femme seule, accompagnée de ses enfants, peut-elle ramener tout cela à la maison... à bord des transports en commun?

Dernier arrêt au programme de notre rallye: Estrie Aide. Rappelons que le conjoint de Mme Tremblay vient de la quitter en amenant avec lui télévision, meuble de chambre à coucher et de salon, poêle et laveuse. Et le frigo qui vient de briser...

Et quand on zieute les poêles, aucun n'est en-dessous des 140 $. Les laveuses sont aussi bien chères. Quant aux télévisions... elles sont toutes petites, visiblement âgées, mais bon... l'une d'entre elles fera bien l'affaire pour le moment, surtout qu'elle ne coûte que 15 $. Un 15 $ que l'on n'a pas...

«Nous analysons la situation des gens qui viennent nous voir quand ils sont en état de crise et nous pouvons leur offrir des articles quand leur budget ne leur permet vraiment pas de se les payer», explique Jean Perrault, d'Estrie Aide. Ouf!

Voilà que le rallye se termine. Nous avons été incapables de boucler notre budget. Les quatre membres de l'équipe Tremblay retourneront à leurs emplois respectifs. Ils ne verront cependant plus la pauvreté du même oeil maintenant que, l'espace de quelques heures, ils ont dû composer avec elle.

 

Le Rallye de sensibilisation à la pauvreté   >>>   À lire dans La Tribune de samedi

 

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