Rappelons que la ministre a demandé à la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) de se pencher sur la question du développement hors campus des universités. Le recteur Béchard craint un découpage de territoires pour les universités, ce qui serait à ses yeux un «gaspillage éhonté».
«Ça fait 150 ans qu'on a des universités au Québec et ça fait 150 ans que pour s'assurer de l'accessibilité aux études, on a pris des moyens extraordinaires pour rejoindre les besoins là où ils sont. Et c'est capital, particulièrement en matière de formation continue. Autant on peut délocaliser quelqu'un pour la formation initiale, en formation continue, oubliez ça. La personne est sur le marché du travail.»
Les établissements universitaires sont nombreux à offrir de la formation à l'extérieur de leurs campus principaux. Des exemples parmi d'autres, énumérés par le recteur: l'Université du Québec à Chicoutimi dessert des coins de la Gaspésie, l'Université de Montréal offre de la formation à Sherbrooke...
«C'est tout à fait correct, ça ne nous a jamais embêtés, parce que ce sont des formations complémentaires. Tant mieux si la population n'importe où sur le territoire du Québec a accès au meilleur de chaque université. Il y a une belle couverture croisée de l'ensemble du territoire québécois avec très peu de dédoublements...»
Selon lui, les intentions de la ministre d'encadrer le développement des établissements universitaires demeurent inébranlables.
«Ce serait malheureux qu'en surréagissant à quelques petites problématiques qui se posent à gauche et à droite, qu'on se mette à territorialiser les universités. À l'échelle du Québec, ce serait un gaspillage éhonté. Prenez l'exemple de la Montérégie et de Longueuil. Supposons que demain l'UdeS est la seule à assurer la formation sur ce territoire. Ce serait épouvantable pour l'Université. En ce moment, on a une belle complémentarité: l'UQAM offre par exemple plein de formations de premier cycle... McGill offre de la formation en anglais... Ce serait un gaspillage éhonté de fonds publics et ça entraînerait des dédoublements. On a en ce moment une approche beaucoup plus efficace sur le territoire québécois.»
Autre crainte: le projet de loi 107, qui vient encadrer la gouvernance des universités, notamment en déterminant la composition des membres du conseil d'administration des institutions universitaires. Selon le ministère de l'Éducation, ce projet de loi vise notamment la transparence et l'imputabilité. Il prévoit aussi de nouvelles règles en lien avec la divulgation de renseignements et la reddition de comptes.
«La liberté universitaire est une grande valeur qui a coloré le développement des universités au Québec. De grâce, ne nous en privons pas», lance-t-il en ajoutant que les délais d'intervention sont toujours plus longs lorsqu'on fait intervenir un palier gouvernemental.
Aux yeux de M. Béchard, les dirigeants subissent les retombées du fiasco financier de l'UQAM, lié aux projets de l'Îlot Voyageur et du complexe des sciences.











