«Je lui faisais boire un peu d'eau et je lui essuyais les lèvres pendant que les autres venaient lui caresser un bras ou une jambe pour la dernière fois. Pour une petite fille de sept ans, c'est quelque chose de très impressionnant d'accompagner sa grand-mère dans la mort. Ce jour-là, j'ai compris que c'est que j'allais faire dans la vie: aider les gens», rappelle celle qui aura bientôt 80 ans.
Rose-Ange Couture-Hébert a effectivement consacré sa vie à aider son prochain. Elle dit avoir tout simplement marché dans les pas de son père, Flavier Couture, qui s'est beaucoup impliqué dans sa communauté, en Beauce, où il a notamment contribué à la Fondation de la coopérative funéraire, en plus d'avoir une famille de 16 enfants. Sa femme et lui ont également agi comme famille d'accueil.
«Je ne suis rien à comparer à mon père», insiste Rose-Ange Couture-Hébert.
Avant de mourir, Flavier Couture avait pris le temps d'écrire ses mémoires, ce qui lui avait valu le premier prix du concours «Mémoire d'une époque» et une lettre de félicitations d'un certain René Lévesque.
Trente enfants
Comme son père, son mentor, Rose-Ange Couture-Hébert voulait avoir 16 enfants. La vie ne lui en ayant donné que cinq, elle et son époux Normand sont devenus à leur tour famille d'accueil pour les enfants de la DPJ à l'époque où ils possédaient une ferme, à Barnston.
Ce ne sont pas moins de 25 enfants qui ont vécu une partie de leur enfance chez les Couture-Hébert sur une période d'une vingtaine d'années, et plusieurs ont gardé contact, notamment trois frères et soeurs qui y ont passé une douzaine d'années de leur vie.
«L'une des trois nous a même invités chez elle, avec sa vraie mère, la veille de Noël l'an passé», rappelle Rose-Ange Couture-Hébert.
Comme son défunt père, Rose-Ange Couture-Hébert s'est également beaucoup impliquée dans sa communauté, même à l'époque où elle devait s'occuper de ses enfants et de ceux de sa famille d'accueil.
En plus d'occuper le poste de commissaire d'école pendant 18 ans, de siéger à différents conseils d'administration (Foyer de Waterville et Fermières de St-Jean), d'être membre des Filles d'Isabelle et responsable des artisans à la prochaine édition du Festival du lait de Coaticook, d'oeuvrer comme bénévole au sein d'un service d'accompagnement de personnes en fin de vie ou endeuillées, Rose-Ange Couture-Hébert dirige avec d'autres bénévoles une oeuvre extraordinaire qu'elle a fondée il y a 20 ans: «Bassinette et Layette».
«Nous venons en aide aux familles dans le besoin qui ont de jeunes enfants en leur procurant meubles, vêtements, literie et jouets. On fournit aussi une aide occasionnelle aux jeunes mamans par du dépannage alimentaire léger», explique Mme Couture-Hébert.
«Les gens sont très généreux en nous permettant de récupérer les vêtements et les meubles pour enfants dont ils n'ont plus besoin», ajoute la grande bénévole.
Tout cela est déposé directement chez elle, à toute heure du jour ou du soir. Une fois rafraîchis et réparés, ces biens sont redirigés vers le local que la MRC met gratuitement à la disposition de «Bassinette et Layette», et ils font à nouveau le bonheur de personnes qui en ont besoin.
Au mois d'août de l'an dernier, Rose-Ange Couture-Hébert et des amis bénévoles ont aussi ouvert un local de meubles, au centre-ville de Coaticook, afin d'aider d'autres gens dans le besoin. Il y également un projet de «Ressourcerie» dans l'air actuellement.
À moins d'un mois de son 80e anniversaire de naissance, pas question pour madame Rose-Ange de ralentir.
Ses mémoires
Comme son père avant elle, Rose-Ange Couture-Hébert a commencé à écrire ses mémoires.
«À vrai dire, j'avais commencé à écrire une fois l'an. J'ai déposé cela dans un classeur quelque part», dit-elle.
Récemment, une de ses petites-filles lui a fait don d'un bouquin intitulé: Guide facile pour écrire ses mémoires: L'histoire le plus importante au monde... la vôtre.
«Je crois que j'aurais un talent pour cela, mais je n'ai pas le temps. Je suis tellement occupée que certains soirs je ne me couche pas avant minuit. Pour l'instant, le plus important, ce sont les gens qui ont besoin d'aide», dit-elle.
Il y a tout de même fort à parier que la démarche de sa petite-fille n'aura pas été vaine et que Rose-Ange marchera dans les pas de son père jusqu'à la fin de sa vie.










