«C'est la journaliste qui vient livrer le papier...», s'est-elle fait comme remarque en reculant son mastodonte d'une longueur de 53 pieds dans la cour du journal américain.
Béatrice Migneault détient un baccalauréat en études françaises et une maîtrise en littérature. Elle a été rédactrice publicitaire, réviseure, comédienne, enseignante et poète. Elle a même remporté le prix de la relève au Festival de poésie de Trois-Rivières en 1998.
Le monde de la culture en Estrie n'avait plus aucun secret pour elle quand elle a réalisé son plus grand rêve à l'automne 2005: devenir chroniqueuse culturelle à Radio-Canada.
«C'était l'aboutissement de 20 ans d'efforts et de travail, dit-elle. Je faisais 80 heures par semaine, mais je le faisais par pur plaisir.»
Malheureusement pour la femme de 41 ans, ce grand moment a été suivi quelques mois plus tard du «jour le plus sombre de sa vie» quand Radio-Canada a procédé à une réduction de son personnel en Estrie. Évidemment, la petite dernière a écopé.
«Ce fut très douloureux, avoue-t-elle. Cela m'a pris deux ans avant de m'en remettre. J'ai vraiment eu un gros deuil à faire. Je ne faisais pas ce boulot pour le salaire ou le fonds de pension, je le faisais par passion.»
Le retour dans le milieu artistique l'a convaincue que le moment était venu pour elle de tourner la page.
«On dirait que les gens pensent que les applaudissements suffisent à faire vivre les artistes, déplore-t-elle. Le bénévolat et l'artistique, c'est fini pour moi.»
Chapeau!
Béatrice Migneault a toujours raffolé conduire des véhicules.
«Quand j'avais 12 ans, mon premier ''chum'' et moi rêvions de traverser l'Amérique en camion», se souvient-elle.
Plusieurs fois au cours de sa vie, l'ex-chroniqueuse culturelle a sillonné le Québec de long et en large, passant même un été sur la route dans un véhicule qu'elle avait transformé. Solitaire de nature, elle affirme que l'esprit d'aventure et une grande soif de liberté l'ont toujours habitée.
D'ailleurs, c'est après avoir échangé avec un camionneur en visite chez une amie que l'idée d'embrasser cette carrière lui est venue à l'esprit. Elle est retournée à l'école pour compléter une formation. Du jour au lendemain, elle s'est retrouvée aux commandes de semi-remorques de toutes dimensions, apprivoisant des embrayages de 10, 15 et 18 vitesses.
La Sherbrookoise a donc quitté le milieu culturel pour celui du camionnage. Un virage spectaculaire s'il en est un.
Le 7 avril, Béatrice Migneault était embauchée par la firme Bernières Transport et, le week-end dernier, elle effectuait son premier voyage solo à Cape Cod. Une mission qu'elle a profondément aimée. Des moments qu'elle qualifie de magiques, rien de moins.
«Quand je suis arrivée au plus haut point des Montagnes Vertes, au volant de mon camion, une belle sensation m'a envahie. J'ai eu l'impression que le coeur allait m'éclater!»
Avant de reprendre la route, la nouvelle camionneuse sherbrookoise s'est rendue à Montréal en début de semaine, où elle fut l'une des 58 lauréates honorées au gala national du concours Chapeau, les filles! La ministre Michelle Courchesne lui a alors remis un trophée pour avoir choisi d'exercer une profession ou un métier traditionnellement masculin.
Béatrice Migneault affirme aujourd'hui qu'elle ne retournerait pas à son poste de chroniqueuse culturelle même si on lui en offrait la possibilité. «Je retournerais à la radio seulement si c'était en lien avec le camionnage», soutient-elle.
Sur son blogue http://beacamion.blogspot.com, Béatrice Migneault publiera photos et impressions de ses voyages. Elle traînera aussi tout le matériel nécessaire à un reportage complet. Juste au cas où Radio-Canada lui fait signe...










