SHERBROOKE, VILLE AUX MULTIPLES TONS DE VERT

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SHERBROOKE, VILLE AUX MULTIPLES TONS DE VERT

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Marie-Jeanne Thouin Desroches, élëve de l'école l'écollectif, plante un arbre sur le terrain de la compagnie Demix Béton. Vingt-sept élëves de l'école l'écollectif ont plantés 300 arbres sur le terrain de la compagnie cette semaine.

Imacom, Jessica Garneau

David Bombardier
La Tribune

(SHERBROOKE) Dans le cadre d'une série lancée au début mai, à six mois des prochaines élections municipales, on s'intéresse aujourd'hui au côté vert de Sherbrooke. La semaine prochaine, on fait le point sur sa santé.

Au Québec, à peu près toutes les villes se disent vertes. Sherbrooke n'y fait pas exception. Le chemin qui sépare la parole des actes est cependant long, sinueux, et la capitale des Cantons-de-l'Est est loin d'être arrivée à destination. Si Sherbrooke est bel et bien une ville verte, son vert tire sur le pâle plutôt que le foncé.

 

« Nous faisons énormément de petits pas pour devenir une ville verte et nous avons parcouru beaucoup de chemin depuis quatre ans, mais mon rêve, c'est d'aller encore plus loin. Ça ne va pas assez vite à mon goût, c'est clair, et ça ne va pas assez vite non plus pour la majorité des citoyens et des employés municipaux «, affirme le président du comité du développement durable de la Ville de Sherbrooke, Jean-François Rouleau.

Précisons-le d'emblée : il n'existe aucun classement reconnu des villes québécoises qui font de la protection de l'environnement une priorité. Quelle ville est la plus verte ? Mystère. Le quotidien La Presse, en collaboration avec l'INRS, a bien tenté d'établir le portrait environnemental d'une quarantaine de villes du Québec, l'an dernier, mais l'exercice s'est avéré ardu et le résultat, incomplet.

Chaque ville a ses particularités, ses forces, ses faiblesses en ce qui a trait à la gestion de ses matières résiduelles, à la protection de ses espaces verts et à l'utilisation de l'automobile, notamment. À ce chapitre, les atouts de Sherbrooke sont nombreux... tout autant que ses failles.

VERT FONCÉ

En matière de récupération, par exemple, on peut dire sans trop se tromper que Sherbrooke a une bonne longueur d'avance sur plusieurs villes, dont Saguenay.

Là-bas, les citoyens viennent tout juste de remiser leurs petits bacs de récupération qui, d'ici la fin juin, seront remplacés par de gros bacs roulants permettant la collecte des matières pêle-mêle.

Les Sherbrookois profitent de ces gros bacs depuis « déjà « trois ans, ce qui a fait bondir la quantité de matières recyclées. « Déjà «, parce que ces bacs avaient été distribués une décennie plus tôt à Drummondville, Lac-Mégantic et Victoriaville...

La collecte à trois voies, implantée à Sherbrooke à la fin 2007, fait aussi des jaloux un peu partout en province, notamment à Trois-Rivières, où les Trifluviens ne voient pas le jour où ils cesseront de jeter leurs restes de table à la poubelle. C'est sans compter les nombreuses actions récemment posées par Sherbrooke, comme en fait foi la pleine page de publicité publiée dans nos pages il y a deux jours.

VERT PÂLE

Toutefois, le vert sherbrookois pâlit quelque peu lorsqu'on se compare à la capitale de l'Outaouais. Tous les nouveaux édifices construits par la Ville de Gatineau, que ce soit un centre sportif ou une caserne de pompiers, seront certifiés LEED (Leadership in Energy and Environmental Design).

À l'hôtel de ville de Sherbrooke, le virage LEED est loin d'être amorcé, même si le comité du développement durable (CDD) en a fait récemment une recommandation.

Les nouveaux bâtiments financés en totalité ou en partie par la Ville, comme le nouveau poste de police, seront-t-il conçus pour économiser l'énergie en adoptant notamment le chauffage géothermique ? « On nous répond qu'on verra ce qu'on peut faire... Il n'y a vraiment pas de volonté très ancrée «, déplore la vice-présidente du CDD, Diane Délisle.

Ces dernières années, Gatineau, Magog et plusieurs autres villes du Québec sont devenues des conseils sans papier. Encore aujourd'hui, d'épaisses piles de documents sont remises aux 20 élus de Sherbrooke et aux journalistes toutes les deux semaines.

Ces briques, chacune équivalant à un paquet complet de feuilles pour imprimante de format 8,5 par 14, finissent bien souvent au recyclage à la fin des séances du conseil municipal...

VERT MALADE

Le vert tourne au vert malade lorsqu'on aborde la gestion des 35 000 tonnes annuelles de déchets générés par les Sherbrookois. Dans l'esprit de bien des

gens, la Reine des Cantons-del'Est fait figure de cancre dans ce domaine.

Depuis un an, le contenu des poubelles des Sherbrookois est transporté sur 160 km pour être enfoui à Saint-Étienne-des-Grès, en Mauricie. Cette décision temporaire, prise par les élus pour des raisons économiques, est celle qui a le plus terni l'image verte de Sherbrooke à l'échelle de la province, estime le président du CDD, Jean-François Rouleau.

« Ma déception, c'est celle-là, admet-il. Je faisais partie des décideurs et je m'assume, mais j'aurais voulu une solution régionale.

Le leadership constructif n'était pas présent au conseil municipal et dans la région à ce moment-là et nous étions pressés par le temps « en raison des nouvelles normes gouvernementales.

La vice-présidente du CDD, Diane Délisle, abonde dans le même sens : « Je fais mon mea culpa. On aurait dû voir venir la fermeture du site pour trouver une solution régionale. «

Pour neutraliser les quelque 650 tonnes de GES que générera annuellement le transport des déchets sherbrookois jusqu'en avril 2013, Sherbrooke plantera 16 600 arbres sur son territoire.

« Planter des arbres, c'est un pansement pour se donner bonne conscience «, déplore à ce sujet le directeur général du Front commun pour une gestion écologique des déchets, Karel Ménard. « On peut faire tout ce qu'on veut en autant qu'on plante des arbres, ironise-t-il. Il faut diminuer ses impacts sur l'environnement plutôt que de s'acheter des indulgences.»

L'exportation de déchets « déresponsabilise celui qui produit des impacts sur l'environnement «, explique M. Ménard. C'est facile d'envoyer ses déchets chez le voisin. En gestion des matières résiduelles, il faut plutôt préconiser des solutions régionales afin que les citoyens prennent conscience de la quantité de déchets qu'ils produisent, insiste-t-il.

L'environnementaliste Pierre Morency partage entièrement cet avis. « On se fait donner des leçons par des petites communautés, comme Coaticook, le Val-Saint-François et la MRC de Brome-Missisquoi, qui réussissent à faire une gestion régionale de leurs déchets. «

Le contrat avec Saint-Étienne-des-Grès se termine officiellement en 2013, mais Sherbrooke pourrait rapatrier ses déchets avant l'échéance dans le cadre d'une solution régionale de valorisation, laisse entendre Jean-François Rouleau. Des discussions sont présentement en cours avec la Régie de gestion des matières

résiduelles de la Mauricie à ce sujet.

Sherbrooke pourrait ensuite acheminer ses déchets au lieu d'enfouissement technique de Bury, une possibilité évoquée ces derniers jours par la MRC du Haut-Saint-François.

 

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