Leur parcours est peu banal: accueillis par le Canada pour des considérations humanitaires, ces Bhoutanais de lointaine origine népalaise chassés du Bhoutan vivaient depuis 17 ans dans des camps de réfugiés au Népal, un autre pays du nord de l'Inde et du sud de la Chine.
Les Bhoutanais arrivés à Sherbrooke font partie de 120 000 réfugiés de même souche pour lesquels une solution internationale de réinstallation a finalement été trouvée.
«Pendant que le Canada en accueillera 5000 à raison de 1000 par année commençant cette année, les États-Unis en prendront 60 000. Les autres pays qui ont accepté de prendre les réfugiés bhoutanais sont par exemple le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas et l'Australie», signale Bhimaya Chhetri, une Bhoutanaise de 25 ans arrivée à Sherbrooke le 9 avril dernier.
Le gouvernement canadien a décidé de répartir géographiquement les Bhoutanais. Avant d'arriver, ils ont tous eu une formation de 25 heures pour connaître le pays, et un mois avant de prendre l'avion, ils ont su qu'ils seraient à Sherbrooke en terre francophone.
Comment Bhimaya trouve-t-elle Sherbrooke? «Les gens ici sont sympathiques, aimables», répond-elle, rencontrée avec trois compatriotes dans les locaux du Service d'aide aux néo-Canadiens (SANC). «Les gens nous parlent poliment, doucement, et ils sont aidants. Maintenant c'est facile, mais les deux premières semaines ont été difficiles. J'étais perdue».
«On n'avait aucune attente. Dans le camp de réfugiés où j'étais, il n'y avait pas d'électricité», raconte la jeune femme, qui habite un logement de la rue Évangéline.
«On a l'aide sociale en attendant de commencer les cours de français à temps partiel au début de juillet et à plein temps en septembre. Après avoir appris la langue, je veux étudier et ensuite travailler, peut-être comme enseignante au primaire comme je faisais au Népal en dehors du camp de réfugiés».
«Moi aussi j'enseignais au primaire, et je veux apprendre le français et ensuite chercher du travail. N'importe quel», ajoute Diliram Dhital, âgé de 26 ans.
Kamal Karki, qui a 41 ans, songe quant à lui «à être travailleur social, comme au Népal, mais...» il pourrait faire autre chose.
Dans le groupe rencontré par La Tribune, l'aîné est Diliram Dhital, qui porte le même nom que l'autre. Il a 65 ans et il parle par l'intermédiaire de l'interprète népalais. «Moi je deviens vieux et je ne pourrai pas travailler, dit-il. Je vais apprendre le français. Je vais devoir rester à la maison. J'ai une fille ici et je vais l'aider.».
Le groupe des 48 compte 18 enfants. Ils seront vite intégrés dans des classes d'accueil de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke. Environ 1000 immigrants arrivent à Sherbrooke chaque année et ils représentent environ 6 % de la population, soit 10 000 habitants.
L'entrevue se déroule en anglais, puisque ces Bhoutanais de souche népalaise l'ont appris comme langue étrangère à l'école. Un interprète torontois népalais, Chandra Rai, les accompagne, comme il a accompagné toute la communauté bhoutanaise de souche népalaise depuis cinq semaines pour faciliter son installation sous la supervision du SANC.
«Le Népal n'avait pas la capacité financière d'intégrer ces gens de souche népalaise qui ont un jour quitté le Népal volontairement et qui ont été chassés du Bhoutan après un siècle», explique M. Rai.
Désireux de conserver son homogénéité de langue (dzongka, un dialecte tibétain), et de religion bouddhiste, le Bhoutan a déporté les gens d'origine népalaise, qui parlaient le népalais et pratiquaient la religion hindoue. Ces gens étaient arrivés au Bhoutan une centaine d'années plus tôt. Les Bhoutanais d'origine népalaise ont souvent été victimes d'arrestations arbitraires, de détention, de torture et de viols, comme l'ont rapporté les organisations humanitaires qui leurs sont venues en aide dans les camps de réfugiés.
Le Bhoutan est un royaume situé au nord-est de l'Inde et borné au nord par la Chine. Quant au Népal, il se trouve un peu plus à l'ouest, lui aussi entre l'Inde et la Chine. Le climat y varie entre moins 1 et 45 Celsius.











