Les parapluies

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Les parapluies

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Archives La Tribune, Claude Poulin

Luc Larochelle

(Sherbrooke) Je lisais les textes sur la faillite aussi subite qu'inattendue du Grand Prix Ski-Doo de Valcourt en m'imaginant ce que serait l'arrivée des vacances à Sherbrooke sans la Fête du lac. L'été serait d'un ennui mortel. Comme le prochain hiver risque de l'être dans la capitale de la motoneige.

Dire que la Fête du lac est venue, elle aussi, au bord du gouffre. Les gouvernements fédéral et provincial réclamaient 150 000 $ en taxes impayées. L'organisation avait un déficit accumulé du même ordre. Jamais il n'a été question de fraude ou de détournement de fonds semblables à ceux dont le Grand Prix aurait été victime de la part de son ex-directrice administrative, Brigitte Pelletier, qui, soit dit en passant, a des antécédents en la matière. Elle avait plumé un de ses précédents employeurs pour 375 000 $à Matane avant d'atterrir à Valcourt.

En des temps plus sombres, l'examen des comptes de la Fête du lac avait toutefois révélé un laisser-aller évident dans la gestion et la tenue des livres.

«Nous avons mis en place un système de contrôle serré. Tous les chèques comptent trois signatures. Il ne nous échapperait plus 10 000 $ sans que quelqu'un s'en aperçoive», compare le président de la Fête du lac, Laval Charté.

Le budget de la Fête tourne maintenant autour de 1,8 M $ et les surprises ont fait place aux surplus.

«Nous nous sommes constitués une «assurance-parapluie» dans les six chiffres. Nous pourrions passer à travers une année difficile sans que cela compromette les éditions suivantes», se réjouit M. Charté.

Ce dernier est arrivé dans l'entourage de la Fête du lac comme spécialiste en redressement. Il a été appelé en renfort lorsque la Traversée du lac Memphrémagog a connu un passage à vide et a aussi participé à la relance du Festival western de Saint-Tite.

«Il m'est difficile de porter un jugement sur le Grand Prix de Valcourt sans connaître le fonctionnement de l'organisation. Chose certaine, il est toujours périlleux de s'en remettre à une seule personne», poursuit-il. Rappelons que les administrateurs de la Zone Alouette du Club de soccer les Verts de Sherbrooke ont mis du temps à découvrir qu'il y avait des trous béants dans la trésorerie et qu'entre 30 000 $ et 50 000 $avaient échappé à l'organisation avec les manigances d'un administrateur, Marcel Custeau, condamné en 2007 à une peine purgée dans la collectivité.

Hier encore, le maire de Valcourt, Laurian Gagné, ainsi que l'ancien cadre de BRP, Marc Pelletier, embauché comme consultant, maintenaient que les administrateurs du Grand Prix n'avaient aucun moyen de savoir que les finances s'érodaient.

«Si des bilans falsifiés leur étaient présentés, c'est possible qu'ils ne se soient jamais rendus compte de ce qui se passait. D'où l'importance d'avoir des pare-feux», commente à ce sujet Laval Charté.

Autre particularité à Valcourt, le président du Grand Prix, Denis Leclerc, porte également le chapeau de directeur général de la Ville. Une partie de ses services était «prêtée» par la municipalité, qui doit maintenant signer un chèque 80 000 $ comme endosseur de la marge de crédit du festival de la motoneige.

«Je veux respecter la ligne de conduite que le conseil d'administration s'est donnée, je ne commenterai pas la situation. Je trouve par contre profondément triste que 27 années de travail si intense soient sapées de cette façon», se limite à dire M. Leclerc.

«Il ne se trouve personne à Valcourt pour douter de l'intégrité de M. Leclerc», défend le maire Gagné.

«L'affaire nous a éclaté au visage en même temps que tout le monde. Nous rendrons des comptes à nos membres», assure quant à lui le directeur général de la Caisse populaire Morilac, Jocelyn Vachon, peu enclin à fournir des détails sur la somme de 230 000 $ dues à son institution et sur le lourd endettement du Grand Prix.

«Le prêt était consenti par notre caisse, mais c'est le Centre de services aux entreprises de Desjardins qui assurait le suivi. Ce n'est quand même pas difficile de comprendre: s'il y a fraude pour plus de 200 000 $ et que les comptes à payer se sont accumulés pour l'équivalent de cette somme, on arrive vite au demi-million qui manque», fournit-il comme seules indications.

«De fait, il n'y avait pas de mécanisme pour déceler les anomalies. Les gens de Valcourt sont par contre intelligents. Si l'événement redémarre, ils ne se feront pas prendre deux fois», promet Marc Pelletier.

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