Lors d'une manifestation récente de la Coalition pour la liberté en éducation, certains propos démontraient une opposition vive à une culture publique commune et au pluralisme. Il s'avère difficile de comprendre les motifs de l'hostilité de la CLÉ au pluralisme puisque cette coalition, selon ses dires, se compose de groupes diversifiés. Si le pluralisme existe au sein même de la CLÉ, où se situe le problème? La véritable difficulté ne réside-t-elle pas plutôt dans le passage actuel d'une culture plus ou moins chrétienne à une culture publique commune où les référents sont séculiers? Dans la culture publique pluraliste contemporaine, la dimension religieuse s'inscrit dans un cadre normatif séculier plus inclusif.
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Cela entraîne pour des personnes croyantes, considérant leur foi comme une certitude absolue, un choc terrible comme l'explique le théologien Hans Küng: «Il nous faut bien comprendre qu'aujourd'hui encore des hommes de la même religion vivent dans des paradigmes différents, sont marqués par des conditionnements fondamentaux et soumis à des mécanismes sociaux déterminés. En ce qui concerne le christianisme, il existe encore actuellement des catholiques qui ont la mentalité du XIIIe siècle (ils sont à cet égard les contemporains de Thomas d'Aquin, des papes du Moyen Âge et de la structure absolutiste de l'Église). [...] Et pour certains protestants, c'est toujours la constellation précopernicienne du XVIe siècle qui régit leur pensée (avec les Réformateurs d'avant Copernic et d'avant Darwin). Cependant, c'est peut-être justement cette persistance et cette concurrence des paradigmes religieux anciens jusqu'à notre époque qu'il faut voir l'une des principales causes des conflits au sein des religions et entre religions différentes [...]» (Hans Küng, Projet d'éthique planétaire, 198-199).
L'assemblée de la CLÉ du 9 novembre dernier illustre la dynamique où des personnes croyantes ne situent pas dans le même modèle que bien des jeunes parents. Ceux-ci ont évolué dans une société pleinement sécularisée. Bien des personnes s'inscrivent désormais dans le paradigme appelé le «christianisme séculier». Celui-ci représente une composante identitaire, certes importante, mais n'ayant aucune incidence concrète outre l'attachement à des rituels (comme le baptême). Ces chrétiens séculiers adhèrent très vaguement à une doctrine religieuse spécifique. Autrement dit, ces gens désirent s'insérer dans un patrimoine religieux traditionnel sans nécessairement souhaiter une participation active à une quelconque communauté de foi.
D'ailleurs, c'est justement pour transmettre une culture patrimoniale aux enfants que le programme d'éthique et de culture religieuse a été mis sur pied. Ce programme ne cherche aucunement à exercer une quelconque forme de prosélytisme. Le programme constitue un outil pour favoriser une meilleure compréhension mutuelle et une plus grande fraternité humaine nourrie par la différence.
Patrice Perreault
Granby
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