Même à cela, il ne viendrait pas à l'idée du zélote le plus fanatique de la sécurité routière d'obliger tous les automobilistes à ne rouler qu'en Cadillac. C'est pourtant ce qu'a fait le gouvernement Charest pour ce qui est des pneus d'hiver.
Il n'en demeure pas moins que le lien entre la sécurité et le type de pneu est beaucoup moins immédiat que celui qui existe en regard de la masse et de la taille d'un véhicule. D'ailleurs, c'est sans doute pour cette raison que la loi ne s'applique pas aux voitures immatriculées hors Québec circulant sur les routes de la Belle Province.
En effet, le type de pneu ne présente qu'un lien assez ténu avec la sécurité puisque cette dernière est fonction de nombreux autres paramètres plus déterminants dont le type de traction - deux ou quatre roues motrices -, la sorte de chaussée ainsi que son état et, surtout, des habitudes de conduite.
Au premier jour de l'application de la loi obligeant l'utilisation des pneus d'hiver, un porte-parole de la SAAQ annonçait que de tous les accidents répertoriés - quand, où, dans quelles conditions? -, 38 % des véhicules impliqués étaient munis de pneus quatre-saisons. Ce chiffre, cité hors contexte et sans autre nuance, visait, à n'en pas douter, à confirmer le bien-fondé de la nouvelle loi.
À défaut d'autre précision, s'il y avait seulement 38 % des véhicules accidentés qui n'étaient pas munis de pneus d'hiver, force est donc de conclure que tous les autres - 62 %, soit la majorité - l'étaient. En toute logique, puisque la plus grande partie des véhicules accidentés étaient dotés de pneus d'hiver, ce sont plutôt ces pneus qui devraient être interdits.
Ce dernier énoncé se trouve confirmé par les nombreux accidents recensés sur deux des grandes autoroutes du Québec - la 20 et la 40 - le mercredi 17 décembre dernier, alors qu'une quarantaine de véhicules étaient impliqués dans cinq carambolages distincts près de Drummondville et une cinquantaine d'autres dans six carambolages survenus dans la région de Portneuf Cap-Santé. Pourtant, il s'agissait d'une chute de neige normale, typique de notre climat. Il est raisonnable de croire que tous ces véhicules étaient munis de pneus d'hiver puisque la nouvelle loi était en vigueur.
Pour avoir roulé sans la moindre anicroche avec des voitures à quatre roues motrices équipées de boîte manuelle à cinq rapports, munies uniquement de pneus quatre-saisons depuis 1983 - 25 ans déjà - et par tous les temps, sur toutes les routes, ma conclusion est sans équivoque: ce sont les habitudes de conduite - vigilance soutenue, stabilité émotive, sobriété, bonne connaissance des lois de la physique (statique, cinématique, dynamique), expérience de conduite par gros temps - qui constituent le meilleur gage de sécurité.
À défaut de posséder les qualités susmentionnées, n'y a-t-il pas danger qu'on attribue au pneu d'hiver des qualités magiques qu'il n'a pas, ce qui expliquerait les nombreux carambolages cités précédemment. Cela fait penser à l'enfant de cinq ans qui, portant des bottes à mi-mollet, se croit en mesure d'aller dans l'eau au-dessus des genoux sans se mouiller.
Focaliser sur les pneus au détriment de tous les autres facteurs liés à la sécurité constitue un dérapage idéologique découlant de la méconnaissance patente de la conduite automobile; pire, cela trahit un manque de sagesse pour qui a la responsabilité de diriger une province, tâche largement plus exigeante que la conduite d'un véhicule.
Lionel Leblanc
Granby









