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Plaidoyer pour un dialogue interculturel et interreligieux

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La Voix de l'Est

La controverse soulevée par le programme d'Éthique et culture religieuse (ÉCR) ne concerne pas uniquement le volet religieux, mais touche également celui du dialogue. Mais qu'est-ce que dialoguer avec une autre personne ou d'autres groupes? Dans une société sécularisée comme celle du Québec, le dialogue m'apparaît davantage comme une attitude à développer plutôt qu'une technique. La disposition nécessaire au dialogue se caractérise par l'ouverture et la confiance envers l'autre. Elle exige la volonté de s'informer sur l'autre afin de contrer la peur et la méfiance que la différence peut susciter.

Pour le dialogue interreligieux, les exigences sont les mêmes. Pour qu'un véritable dialogue puisse s'établir, il s'avère incontournable de prendre conscience de sa propre subjectivité. En effet, toute personne se situe dans un contexte social, historique et culturel précis qui conditionne son regard sur le réel. Être une personne occidentale et nord-américaine n'amène pas à considérer le réel nécessairement de la même manière que d'autres cultures.

 

Assumer sa propre subjectivité conduit à reconnaître la légitimité d'autres conceptions du réel, sans pour autant nier ses propres croyances. L'interprétation de la mort de Jésus exemplifie bien cette notion. Par respect pour les musulmans, les chrétiens peuvent très bien comprendre la perspective de l'islam sur Jésus en s'efforçant de saisir les fondements de celle-ci et en reconnaissant que pour les musulmans, elle est religieusement véridique, et vice versa. Dans un tel dialogue, l'essentiel n'est pas de déterminer qui a raison sur qui - le langage religieux, par définition, est symbolique et ne constitue toujours qu'une approximation d'un quelconque «absolu» -, mais de connaître authentiquement les motifs d'une personne ou d'un groupe qui adopte une voie religieuse et spirituelle. Autrement dit, il s'agit de rencontrer l'autre au coeur de sa propre humanité.

Pour y parvenir, il importe de développer une attitude différente devant la notion de vérité. Dans cette optique, la vérité est à construire ensemble. Pour cela, il s'agit d'opter pour la relativité du réel. Cela diffère du relativisme, pour lequel il n'y a pas d'absolu. La prise de conscience de la relativité du réel ne nie pas la référence à un absolu, mais tend plutôt à comprendre que toute doctrine religieuse se fonde généralement sur un modèle culturel d'absolu issu de traditions situées dans un contexte sociohistorique précis.

En terminant, sur le plan personnel, je dirais qu'à titre de citoyen engagé dans la sphère religieuse et dans la sphère sociale, je suis persuadé que le dialogue avec non seulement les tenants des grandes traditions religieuses et spirituelles mais aussi avec les non-croyants et les personnes sans religion fait partie des solutions face à la crise socioécologique contemporaine. Le dialogue, promu notamment par le programme ÉCR, constitue à mes yeux une voie prometteuse pour l'avenir. Par le dialogue interreligieux et interculturel, l'humanité s'engage davantage dans la reconnaissance mutuelle de la dignité de chaque personne, afin de construire une civilisation solidaire plus pacifique, à l'aune d'un écohumanisme nourri par la merveilleuse pluralité tant des êtres vivants que des sociétés.

Patrice Perreault

Granby

 

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