Nicolas Sarkozy «le Canadien»

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Claude Boucher
La Voix de l'Est

Il y a une vingtaine d'années, j'ai effectué un voyage touristique à Londres, en route vers la France. En général, à Londres, quand je disais à un Britannique que j'étais Québécois, il comprenait qui j'étais. Si je m'adressais à un Français - et il y en a beaucoup en Angleterre, surtout depuis l'ouverture du tunnel sous la Manche - il me corrigeait: «Vous êtes Canadien?»!

Après toutes ces années, j'aurais cru que le président de la France pouvait faire la différence et avoir autant de respect pour ceux qui se définissent d'abord comme Québécois que pour les autres qui se définissent d'abord comme Canadiens. Mais pour Sarkozy, il y a les bons et les méchants, les gens qui pensent comme lui et les autres, à moins que sa volonté de plaire à l'Ontario lui fasse oublier un principe fondamental en politique, surtout en politique internationale.

 

C'est le fondateur du Parti québécois, le leader charismatique le plus aimé de l'histoire récente du Québec, monsieur René Lévesque, qui m'a personnellement enseigné ce principe, valable dans tous les rapports humains d'ailleurs: «Quand tu ouvres la bouche, tu dis vraiment ce que tu penses; quand tu ne peux pas dire ce que tu penses, tu te la fermes!».

Même si les intérêts financiers de la France pour renouveler le parc de réacteurs nucléaires de l'Ontario lui commandaient de plaire aux Canadiens, au pire, même si son ignorance de l'histoire récente du Québec et ses sources d'information ultra-fédéralistes lui dictaient les paroles qu'il a prononcées, ce qu'il a dit de ses «frères québécois (sic)!» ne se dit pas de la part d'un président d'une république démocratique.

J'imagine la réaction du gouvernement espagnol et des dirigeants de la Catalogne si Nicolas Sarkozy s'en prenait aux Catalans, comme il l'a fait pour les souverainistes québécois.

En s'abaissant de la sorte à ce jeu de «petit politicien», il s'est avili honteusement et a entraîné dans son sillon toute la France. Il a aussi contribué à alimenter, au Canada, ce mythe des méchants séparatistes, belle façon de contribuer à l'unité d'un pays. Sarkozy a prêché pour l'unité canadienne et, ce faisant, il a contribué à sa division. Harper était on ne peut plus heureux. Jean Charest aurait dû avoir le courage de réagir et de remettre Sarkozy à sa place; mais, au moins, il n'a pas applaudi et s'est tu. Peut-être s'est-il rappelé le principe que m'avait enseigné René Lévesque?

Pour conclure sur une note populaire qui résume bien ce que la moyenne des gens de notre région pense, je citerai la réaction d'une éducatrice du service de garde de ma conjointe: «M. Sarkozy est vraiment très habile pour se mettre les deux pieds dans les plats!».

Il lui reste à corriger son erreur, sinon le Québec lui dira, à sa prochaine visite, ce qu'il disait lui-même d'un jeune marginal de son pays, dans une rue de Paris: «Casse-toi jeune con!».

opinion@lavoixdelest.qc.ca

 

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