Le PQ redécouvre sa raison d'être

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Claude Boucher
La Voix de l'Est

Si vous vous rappelez, le soir du 8 décembre dernier, Pauline Marois avait l'allure d'une gagnante et Jean Charest d'un perdant. Le Parti québécois venait de ressusciter, le Parti libéral remportait de peine et de misère une majorité de sièges.

En fin de semaine dernière, à Québec, tout près des Plaines d'Abraham, le parti souverainiste faisait son post-mortem électoral. L'enthousiasme y était, mais la prise de conscience qu'on avait, en réalité, perdu l'élection tempérait les ardeurs; tout grand parti politique va en élection pour gagner.

 

Si vous avez le goût de savoir ce que Mme Marois a dit, allez sur le site du PQ (www.pq.org) où l'on peut visionner ses interventions. La chef n'a pas la verve d'un Bernard Landry, par exemple, mais ce qu'elle dit est songé et senti, c'est évident. Elle déteste les mensonges et les demi-vérités et ne se gêne pas pour s'attaquer à Jean Charest, sur ces points.

Sur son lutrin, on pouvait lire ceci: «Comment se sortir de la crise économique». Elle a parlé beaucoup d'économie. Elle nous a rappelé, par exemple, que le Québec a perdu 39 000 emplois en janvier et qu'il y a 28 000 chômeurs de plus cette année qu'à la même époque l'an passé. Elle a longuement évoqué le difficile dialogue Ottawa-Québec, Harper-Charest, la perte d'un milliard de dollars, au niveau de la péréquation, et les mesures du dernier budget fédéral qui consacre beaucoup d'argent pour l'Ontario et peu pour le Québec. Elle a finalement situé la souveraineté au coeur de ses prises de positon. Si on était un pays, a-t-elle résumé, on pourrait mieux se sortir de la crise économique.

Bon, faisons la part des choses: si le Québec était un pays dirigé par le Parti libéral du Québec actuel, cela n'aurait rien changé aux déboires incroyables de la Caisse de dépôt et de placement. Si on était un pays, il se pourrait qu'on ait encore des premiers ministres qui mentent à la population. Si on était un pays, on devrait, plus que jamais, gérer les finances publiques de façon rigoureuse.

Soit, mais reconnaissons cependant que les pays qui se sortent le mieux de la crise actuelle sont ceux d'une taille équivalente à celle du Québec: la Suède, la Finlande, la Norvège, entre autres, et on pourrait en citer d'autres. Reconnaissons aussi que si on était un pays, toutes les décisions concernant le Québec seraient prises à Québec en fonction des seuls intérêts du Québec.

Conséquences: le Québec n'aurait pas investi deux milliards $ en Ontario pour aider l'industrie automobile et seulement 300 000 $ pour l'industrie forestière en grande difficulté au Québec. Si le Québec était un pays, il n'y aurait pas deux gouvernements pour gérer les impôts des Québécois ou pour adopter des lois qui s'appliquent sur le territoire québécois. Les choix budgétaires, les priorités de l'État ne se feraient qu'en fonction des intérêts du Québec. Si le Québec était un pays, il aurait signé le protocole de Kyoto, et le gouvernement du Québec aurait pu s'appuyer sur le volet environnement pour relancer la prospérité économique des Québécois. Si le Québec était un pays, il siégerait à l'ONU, au concert des nations, là où se joue l'avenir des nations du monde.

Avez-vous le goût de savoir ce que pense de tout cela l'autre nation du Canada? Je vous invite à lire l'éditorial du National Post de mardi. Le titre: Tell Quebec where to get off!. L'auteur résume sa pensée de la façon suivante: «It's time for Ottawa to adopt a tough-love attitude toward Quebec!»

Vous connaissez l'approche «tough-love» typiquement «canadian». C'est une approche qu'un certain courant psychologique propose aux parents pour «casser» les comportements déviants ou délinquants de leurs enfants. Nous en sommes là!

Mme Marois rêve d'amener le Québec à sa pleine souveraineté. Sans cet objectif, le PQ n'existerait plus. Mais d'ici là, comme elle le dit, elle se doit d'offrir une solide opposition, critique, bien sûr, mais rigoureuse et travaillante, une opposition qui présentera des mesures d'avenir positives pour aider le Québec à se sortir de la crise. Elle nous l'a promis. Nous verrons, dans les prochains mois, si la rencontre des instances du PQ, la fin de semaine dernière, aura jeté les bases d'un véritable renouveau de la vie politique québécoise.

L'auteur a été député péquiste de Johnson de 1994 à 2007

 

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